Civilisation (1) – Le Guru

avr 30

Peut-être est-ce votre cas ? Parmi ceux que la spiritualité intéresse, certains se demandent s’il ne vaudrait pas mieux se tourner vers les religions « judéo-chrétiennes », autrement dit vers leurs racines occidentales, plutôt que vers celles de l’Orient lointain et mystérieux.

C’est là une réflexion dont je ne perçois pas bien la logique, car ces religions prétendument « occidentales » sont en réalité celles de nomades moyen-orientaux ayant vécu il y a deux ou trois mille ans.

Rien de bien occidental, là dedans !

Alors, à moins d’avoir été élevé par des Amish, il n’y a pas beaucoup plus de passerelles entre la mentalité de l’Homme du vingt-et-unième siècle et celle de ces nomades moyen-orientaux qu’avec celles des Indiens de l’âge védique ou des Chinois de l’Empire céleste.

Je ne veux pas dire par là qu’il faille préférer le Vedanta au Christianisme.

Non, c’est égal !

Mais soyons honnêtes : au plan de la Tradition, les Occidentaux modernes sont à peu près tous des déracinés !

Et ce n’est pas en attendant l’âge adulte pour étudier une religion exotique, que l’on va bénéficier d’un conditionnement traditionnel.

Il est trop tard !

J’ai abordé, la semaine dernière, la question du mythe fondateur des grandes civilisations de l’Antiquité.

J’aimerais une fois de plus rendre sensible, à ceux qui se ne se représenteraient pas encore très bien ce qu’était une civilisation spirituelle, l’infranchissable abîme qui sépare le conditionnement de l’Occidental moderne de celui de l’Homme élevé dans une Tradition.

J’aimerais, en évoquant la civilisation hindoue d’un passé relativement récent mais néanmoins révolu, vous montrer à quel point le travail psycho-ontologique opéré par un mythe fondateur sur l’individu n’avait rien à voir avec le conditionnement qui est le nôtre.

Et pour commencer, permettez-moi de vous présenter celui par qui le mythe se propage : le Guru…

Ramana 1

Le terme de Guru, passablement galvaudé en Occident, désigne pourtant l’une des plus belles institutions qui soient au monde.

Guru signifie aîné.

Sans aînés, comment l’être humain pourrait-il évoluer, comment l’enfant pourrait-il être formé ?

C’est toute la civilisation qui dépend de la qualité de ses Gurus !

Car un Guru n’est pas seulement un professeur, anonyme et rémunéré, tel qu’on l’entend en occident.

C’est un véritable modèle !

A la fois un père, une mère, un grand frère…

Et, durant toute sa vie, l’homme aura besoin de ce Guru.

Fleche Au début, c’est sa mère, qui l’initiera à la vie.

Fleche Puis ce sera un maître, qui lui enseignera une profession.

Fleche Ensuite, au début de son existence d’adulte, il devra encore se choisir un Guru pour lui servir de guide spirituel.

Fleche Enfin, une fois retiré, il apprendra à devenir son propre Guru, autrement dit à trouver le Guru intérieur vis à vis duquel les autres Gurus, extérieurs, n’auront été que des guides préliminaires.

La quadripartition hindoue

Je viens là de résumer les quatre étapes par lesquelles tout Hindou recevait la leçon que la vie lui dispensait.

Quatre est un chiffre clé, dans cette philosophie.

On le retrouve bien évidemment, comme chez nous, dans les quatre directions cardinales et les quatre saisons.

Mais aussi dans les quatre grands cycles du temps :

Fleche Satya Yuga : âge de vérité.

Fleche Treta Yuga : âge ternaire.

Fleche Dvâpara Yuga : âge au-delà des deux.

Fleche Kali Yuga : âge des conflits.

Ainsi que dans les quatre castes :

Fleche Les Brahmanes : prêtres.

Fleche Les Kshatriyas : nobles et guerriers.

Fleche Les Vaishyas : agriculteurs et commerçants.

Fleche Les Shudras : ouvriers et artisans.

Ou encore dans les quatre buts de la vie :

Fleche Dharma : la vertu.

Fleche Kâma : le plaisir.

Fleche Artha : le succès.

Fleche Moksha : la libération.

Aujourd’hui, c’est aux quatre âges de la vie de l’homme que nous nous intéresserons.

Les quatre âges de la vie

Ces quatre âges de la vie sont analogiquement liés aux saisons, cycles, castes et buts.

En effet, tout ce qui s’inscrit dans le temps obéit aux mêmes lois.

Et ces lois concernent une évolution se décomposant en différentes phases auxquelles correspondent des activités spécifiques, ou « ashramas ».

Tous les phénomènes passent par une enfance, une jeunesse, un âge mûr et une vieillesse.

Et l’être humain, individuellement ou collectivement, n’échappe pas à cette progression cyclique qui, logiquement, implique la succession de différents types d’activités.

Habilis

Fleche Du point de vue védique, l’enfance de l’humanité, la première phase de son développement, a correspondu à une activité manuelle. L’homme était artisan. Il façonnait ses premiers outils, et c’est ainsi qu’il s’est distingué de l’animal.

Fleche Ensuite, dans la jeunesse de son évolution, l’humanité a cultivé la terre et commencé à commercer.

Fleche Puis, inévitablement, une caste de dirigeants a défini les premières réglementations socio-économiques dans ce monde primitif.

Fleche Enfin, les prêtres ont représenté la dernière phase de cette évolution. C’est pourquoi, en insufflant l’idée de transcendance et en civilisant la société, ils se sont hissés au rang de la plus haute caste.

Au niveau individuel, à présent, l’hindouisme subdivise les quatre étapes de l’existence, et les quatre types d’action leur correspondant, en :

Ages 1

Fleche une première phase pendant laquelle l’enfant apprend et expérimente la vie,

Fleche une deuxième où le jeune homme fonde une famille et acquiert des biens,

Fleche une troisième où l’homme mûr prend le temps de la réflexion, se retirant éventuellement dans la forêt pour méditer,

Fleche et une quatrième où le vieillard se détache du monde.

Le premier Guru

Plus qu’aucun autre âge de l’existence, l’enfance dépend du Guru.

Le premier Guru de l’enfant, et donc de tout homme, est sa mère.

On le sait, les hindous vouent un véritable culte à la Mère.

Mais ce n’est pas tant parce qu’elle donne la vie et la nourriture, que parce qu’elle est Guru par excellence, parce qu’elle apporte les bases de tout enseignement humain : la connaissance du monde et le langage.

Mere 2

Dans la famille traditionnelle hindoue, les rôles étaient parfaitement définis.

Le père était chef de famille et, comme tel, subvenait aux besoins matériels des siens.

Il était, en quelque sorte, le Seigneur féodal, l’organisateur, le dirigeant.

Mais en aucun cas, il n’intervenait comme Guru.

Seule la mère était prêtre en sa demeure ; et son rôle consistait à répondre aux besoins spirituels de sa progéniture.

Toutefois, la société hindoue étant polygame, il arrivait quelquefois que plusieurs mères se partagent l’éducation de l’enfant.

Qu’importe ! Chaque femme était une mère ! Chaque femme était le Guru idéal pour tout enfant !

Le second Guru

Vers l’âge de dix ans, l’enfant était retiré à ce premier Guru maternel, et confié à un maître, la plupart du temps professionnellement spécialisé.

Toutefois, il ne se rendait pas chez ce nouveau Guru comme un enfant occidental va à l’école !

L’enfant hindou, tout au moins celui des castes supérieures, s’installait à demeure chez son Guru, autant afin de le servir que de recevoir de lui un enseignement ou un apprentissage.

« De même qu’un homme qui creuse avec une pelle arrive à trouver de l’eau, de même celui qui sert son Guru acquiert la science que ce Guru possède », dit le Manu.

Eleves 1

Ces Gurus, quels qu’ils fussent, ne se faisaient jamais payer.

Dans une civilisation traditionnelle, le savoir a toujours été considéré comme un don que chacun avait le droit de recevoir gratuitement… et le devoir sacré de retransmettre, à son tour, gratuitement.

Mais, comme il fallait bien vivre, diverses solutions étaient envisagées.

Tout d’abord, il arrivait que le maître soit assez riche pour subvenir aux besoins de sa petite communauté.

Autrefois, de nombreux Gurus lettrés se retiraient dans la forêt où ils fondaient un ashrama, c’est à dire une ferme dans laquelle les disciples élevaient quelques animaux et cultivaient le sol.

Mais, le plus souvent, les lettrés enseignant les fils de Brahmanes ou de Kshatriyas envoyaient tout simplement leurs élèves mendier.

Quant aux artisans, ils rentabilisaient les petits travaux de leurs apprentis.

Enfin, à la fin de ses études, l’étudiant devait présenter une offrande à son maître.

Ceci permit quelques très rares fois à un Guru de faire fortune, mais le plus souvent ne suffisait pas à confectionner un repas d’adieu.

Le métier de Guru n’était donc pas si lucratif qu’on aurait aujourd’hui tendance à le croire !

Le jeune disciple

Pour étudier, l’enfant changeait donc de maison.

Il partageait désormais l’existence de la famille de son maître et de quelques condisciples.

Vous vous en doutez, le sort de cet enfant variait grandement en fonction de la caste à laquelle il appartenait.

Fils de prêtre ou de prince, le disciple partait avec son baluchon à la recherche d’un lettré célèbre, souvent dans une ville étrangère.

Eleve 3

Il ne le trouvait d’ailleurs pas nécessairement très facilement, car ces Gurus étaient assez sollicités.

Certains d’entre eux, soucieux de préserver à leur enseignement la qualité qui faisait leur renommée, n’acceptaient qu’un ou deux disciples, et ce, après mûres réflexions et quelquefois même de sévères épreuves.

D’autres prenaient jusqu’à une dizaine d’élèves, mais jamais plus.

Dans la caste des Shudras, quelques enfants privilégiés partaient à la recherche d’un maître artisan réputé, mais il était plus fréquent que ce soit leur famille qui choisisse le Guru en question, souvent dans le voisinage.

Enfin, les fils de commerçants ou d’agriculteurs avaient la possibilité de se chercher un maître ou de rester chez eux s’ils le désiraient, et d’apprendre alors leur futur métier directement dans leur famille.

Les devoirs du disciple

Attention : il ne faudrait pas croire que, dans ce système traditionnel, c’étaient les membres des castes supérieures qui jouissaient le plus de l’existence !

Tout d’abord parce que le niveau d’une caste n’avait aucun rapport avec la fortune.

Aujourd’hui encore, il existe des Vaishyas milliardaires et des Brahmanes mendiants.

Business 1

Et surtout, il faut bien comprendre que plus la caste était élevée, plus ses membres avaient le devoir de montrer l’exemple et de se livrer aux ascèses nécessaires à cultiver leurs qualités de guides.

Pour vous donner un aperçu des devoirs des disciples de la plus haute caste, selon la loi de Manu :

« Le disciple brahmane doit être maître de lui et développer son endurance.

« Il doit se baigner chaque jour, être propre, faire des offrandes d’eau aux dieux, aux sages et aux ancêtres, vénérer les dieux et mettre du combustible dans le feu sacré.

« Il doit s’abstenir de miel et de liqueurs, de viandes, de parfum, de colliers de fleurs, de plats épicés, de plats aigres, et éviter d’être cruel envers les êtres vivants.

« Il ne doit pas utiliser d’onguents pour le corps, de collyre pour les yeux, ni porter des chaussures ou une ombrelle.

« Il doit se garder de la sensualité, de la colère, de la convoitise, et ne doit ni danser, ni chanter, ni jouer d’instrument de musique.

« Il doit aussi s’abstenir des disputes, des médisances, des mensonges, de regarder et de s’approcher des femmes, de frapper les autres.

« Il doit dormir seul sans gaspiller sa semence. Celui qui, trop fréquemment, répand sa semence, rompt les vœux propres à son état de disciple ».

Ainsi les disciples brahmanes, plus que les autres, faisaient vœux de pauvreté et d’abstinence.

En revanche, les Vaishyas et les Shudras avaient tout de même plus de possibilités de s’amuser avant le mariage.

C’est d’ailleurs ce mariage, après un pèlerinage dans les lieux saints, qui viendra conclure la première époque de la vie, dédiée à la quête du savoir.

Mar

Le prochain article vous invitera à découvrir Kâma, l’âge des plaisirs… auquel un très célèbre Sutra avait été consacré.

Puis nous nous pencherons sur les autres âges de cette vie traditionnelle dont le propos consistait à parvenir progressivement à pénétrer le Spirituel… plutôt qu’à mourir riche.

à suivre…

 

 Amma 2

9 commentaires

  1. Bonjour,
    Ce qui manque actuellement dans notre civilisation dite occidentale c’est le Guru mère et parents. L’apprentissage de la vie que l’on offre aux enfants est assez pauvre. Les parents, car ce n’est plus que la mère qui s’occupe des enfants même petits, ne font que donner les biens matériels mais aucune spiritualité et respect de la vie en générale.
    N’ayant pas de Guru pendant l’enfance, il n’est pas possible de le devenir pour ses enfants en étant adulte.
    On ne peut transmettre que ce que l’on connait et les enfants de nos jours on une meilleure connaissance de la violence, des jeux vidéos et de la compétition que du respect.
    Même les enseignants ne reçoivent plus le respect qu’ils méritent.
    Il va être bien difficile de revenir en arrière.
    Une dernière chose, j’ai élevé mes enfants en dehors de toute religion mais je leur ai appris le respect, l’amour des autres et de la nature qui sont à mes yeux plus importants que de vénérer un dieu quelconque.
    Soyez heureux.
    Danièle de Forme et bien-être Son dernier article…Votez pour le meilleur article « le meilleur du bien-être » !My Profile

    • BK /

      Danièle bonjour,

      Au-delà de tous les Dieux, de toutes les morales, religieuses ou laïques, le plus important reste la Réalité.

      Et tant qu’on ne l’a pas réalisée… elle reste à réaliser !

      A son étage manifesté, cette Réalité s’exprime aussi bien dans les civilisations traditionnelles qui assuraient le plus grand équilibre possible à l’individu, que dans la société de destruction actuelle.

      La raison d’être de cette société de destruction est de nous forcer à « passer à autre chose ». Nous ne reviendrons donc pas en arrière !

      Finis les Dieux, les religions, les mythes et les rites ! Mon propos n’est, ici, que d’en faire l’éloge funèbre.

      Le chaos actuel et la disparition des Gurus qui assuraient la continuité de la Tradition s’inscrivent dans un mouvement de « mort-renaissance »… duquel sera peut-être absente la renaissance. Cela ne tient qu’à nous ! Car, pour paraphraser la célèbre formule, la renaissance en question sera spirituelle ou ne sera pas.

      Quant à l’Apocalypse, c’est également à nous que revient le choix d’en faire la Révélation qu’elle est supposée être… ou quelque chose de beaucoup moins agréable.

      « It’s up to you », comme disait Gangaji.

      Bernard

  2. spot /

    Bernard merci,
    mais il ne faut pas annihiler l’inspiration qui réverbère notre soif d’équité, dans une éloge funèbre.
    Il y a des exemples de vertus partout, même dans les débris de proximités qui jonchent notre quotidien.
    Tes compétences d historien s’appuies sur une grande culture, et je te remercie de m’ouvrir les yeux sur ceux qui nous on précédé, mais cette démarche est incontournable pour tous, elle nous fait face avant le passage ultime de cette chute vertigineuse, où la réalité change la force de son débit.
    Mais notre culture spirituelle occidentale ne démérite pas non plus, en France il y a 850 ans, un mouvement religieux d’une extrême légitimité de valeurs, dépouillé d’égocentrisme si on occulte la ferveur de son architecture, qui reste brute de volonté.
    C’est à mon point de vue, le mouvement CISTERCIEN.

    • BK /

      Spot bonsoir,

      Je ne puis, pour l’essentiel, que te renvoyer à la réponse que je faisais à Charly (un peu plus bas).

      Pour le reste, si j’emploie l’expression « éloge funèbre », c’est

      - d’une part pour distinguer ma démarche de ceux (U.G. en tête) qui, aujourd’hui de plus en plus nombreux, enterrent les anciennes Traditions sans autre forme de procès (je ne les condamne d’ailleurs nullement ; mais je procède autrement),

      - et d’autre part, pour bien rappeler que l’humanité vit actuellement un changement très important au niveau de la spiritualité.

      Tu en parlais d’ailleurs toi-même en employant l’expression de la « réalité qui change la force de son débit ». J’ajouterais simplement que ce changement s’inscrit évidemment aussi bien aux niveaux individuel que collectif.

      D’une manière générale, je tiens donc à insister sur l’Apocalypse (dévoilement) qui s’impose aujourd’hui à beaucoup de consciences.

      Or, cette Apocalypse implique la disparition de « l’ancienne terre et de l’ancien ciel » avant la révélation « d’une Nouvelle Terre et d’un Nouveau Ciel » (l’ancien ciel se composant, bien sûr, de nos anciennes Traditions spirituelles, qu’elles soient d’orient ou d’occident).

      Pourquoi cet ancien ciel, ces Traditions, doivent-ils disparaître ?

      Eh bien tout simplement pour accomplir leur destinée ; cette destinée que certains appellent « le retour du Christ » ou « l’arrivée du Messie », et qui est, plus clairement, l’accession collective de l’humanité à la conscience transpersonnelle, libérée de l’ego.

      Très simplement : ces Traditions s’adressaient à l’ego pour « l’inviter à disparaître ».

      Mais si l’humanité passe spontanément à un niveau de conscience transpersonnelle, ces Traditions n’ont donc plus aucune raison d’être.

      .

      Autre façon d’aborder la question

      A une échelle individuelle, beaucoup de Maîtres spirituels, durant les périodes précédant leur éveil, ont témoigné avoir eu des visions des Saints du passé. Chez certains, des stigmates sont même apparus dans la chair.

      Ces phénomènes sont les symptômes d’une purgation conscientielle.

      L’attachement aux pensées propres à une Tradition spirituelle est évidemment plus pur que l’attachement aux pensées triviales, mais il n’en demeure pas moins un attachement et doit donc disparaître.

      En fait, au-delà du détachement progressif prôné par les religions, l’éveil est une dépotentialisation cognitive massive, une vidange définitive de tous les attachements mentaux, y compris ceux relatifs aux doctrines spirituelles les plus élevées.

      Alors, au même titre que les Vasanas et les Samskaras grossiers, la spiritualité – et donc son passé, ses racines – remonte à la surface pour être effacée, crucifiée au sommet du crâne (Golgotha) au profit de la résurrection du Spirituel.

      Voila donc pourquoi, pour accompagner respectueusement une telle purgation collective, et procéder en douceur, je parle d’un éloge funèbre concernant mes évocations des Traditions spirituelles.

      J’aurais pu dire aussi un « chant du cygne ».

      Certes, le « funèbre » pourrait annihiler l’inspiration. Mais « l’éloge » est propre à l’exalter.

      Un partout ! Match nul !

      Et puis, nous en sommes encore à une période de transition durant laquelle quelques références aux anciennes Traditions me semblent tout à fait licites.

      A condition d’en parcourir le plus grand nombre possible, sans sectarisme aucun mais au contraire en les reliant entre elles au niveau de l’essentiel, on peut leur faire un adieu dans lequel s’engouffrera par la même occasion les fanatismes et les dogmatismes qui ont assombri la spiritualité durant des millénaires.

      C’est dire – en passant – à quel point ce point de vue n’est pas celui de l’historien !

      Bernard

  3. Bonjour cher BK,gourou du web qui par ses articles quasi-quotidiens apporte la Lumière qui écarte les ténèbres (un des sens étymologique du terme) :-)
    « Cela ne tient qu’à nous ! » dis tu. Ah bon!Quelle responsabilité, quel stress tu nous mets sur les épaules. Heureusement que comme dit Douglas Harding, il n’y a rien au dessus de ces dites épaules. Seul l’espace infini d’accueil.
    Il y a une vingtaine d’années le premier gourou « véritable » que j’ai rencontré, pas loin d’Hardwar, s’appelait Chandra Swami. Il me posa une question profonde par sa simplicité: « Si tu devais mourir demain matin, que ferais tu ce soir et cette nuit? »
    Et toi BK que ferais tu et vous, lecteurs de ce blog?
    Bonne soirée à tous! ;-)
    RV
    RV Son dernier article…Fleurir la visionMy Profile

    • BK /

      Hello RV,

      « Cela ne tient qu’à nous ! » dis tu.

      Qui est ce « nous » ?

      C’est pas moi, eh m’psieu !

      Nous devons nous éveiller, nous devons nous libérer, cela ne tient qu’à nous.

      Mais non, pas ce « nous » là ! L’autre ! Celui qui ne risque pas le stress. Celui qui est éternelle patience, dans l’espace infini d’accueil.

      Bref, l’Humain non-humain.

      Toutes ces injonctions et autres suggestions concernent notre véritable « nous ».

      En usant de rappels à l’Urgence, du genre « Cela ne tient qu’à nous ! », ces injonctions invitent cordialement le véritable « nous » à faire résonner son éveil.

      Jusqu’à ce que cela autorise le miracle spontané de l’action-non-action qui, seule, peut résoudre le problème.

      Tout ceci pour dire qu’il faudrait bien commencer à le considérer comme « nous-mêmes », ce « nous » là !

      Plutôt que de toujours croire qu’on s’adresse à l’autre (celui qui est incapable de tout).

      Contrairement à ce que croit le faux « nous », le véritable « nous » n’est pas quelqu’un d’autre !

      Ce n’est pas de quelqu’un d’autre que tout dépend.

      C’est bien de nous !

      « Si tu devais mourir demain matin, que ferais tu ce soir et cette nuit? »

      J’en « profiterais » pour me considérer à l’instant comme déjà mort.

      Mais… a-t-on besoin de l’imminence de la mort physique pour faire ça ?

      Les Taoïstes reconnaissaient plusieurs niveaux d’immortalité :

      - zhu ji lian yi (immortel fantôme),

      - lian jing hua qi (immortel humain),

      - lian qi hua shen (immortel terrestre),

      - lian shen huai xu (immortel divin),

      - lian xu he dao (immortel céleste).

      Chez eux – et c’est un avantage – on n’avait donc pas besoin d’être totalement réalisé (immortel céleste) pour atteindre à l’immortalité.

      Traduit en des termes moins chinois, disons simplement, à la mode occidentale, qu’il suffit que la conscience s’ouvre à une amplitude de vision transpersonnelle, qu’elle voit au-delà de l’aventure biographique, pour réaliser le premier stade de l’immortalité.

      A ce stade, qu’est-ce que ça change qu’on meure demain ?

      Ça fait des vacances !

      Bernard

  4. Charly Alverda /

    Cher Bernard tu ne me sembles pas né « de la dernière couvée » ! aussi je te qualifierai promptement de rat des villes et je suis né rat des champs ! :-)

    http://www.la-fontaine-ch-thierry.net/radeville.htm

    Nous n’avons pas vécu dans le même « monde » aussi, pour ton édification éventuelle, et celle de certains de tes lecteurs, permets que j’évoque les « racines occidentales » et les effets de la religion de « ces nomades moyen-orientaux » dans les campagnes françaises de naguère concentrant comme chacun sait l’énorme majorité de la population.

    Ce n’est certes pas moi qui engagerait, de nos jours, qui que ce soit à se tourner vers quelque religion que ce soit, et par religion j’entends la première définition donnée par Cicéron ; « le fait de s’occuper d’une nature supérieure que l’on appelle divine et de lui rendre un culte ». Mais en ce qui concerne la religion judéo-gréco-chrétienne jusqu’en 1969, à un exotérisme défini par un « dogme » correspondait un « ésotérisme ». Et comme je l’ai déjà dit, je considère que cet exotérisme en se basant sur un « calendrier liturgique » devenait support d’une Révélation des Petits et Grands Mystères de la nature, donc in fine par jeu de miroir de Soi.

    Quand tu écris « ces religions prétendument « occidentales » sont en réalité celles de nomades moyen-orientaux ayant vécu il y a deux ou trois mille ans. », je ne te suis pas, il y avait encore peu une religion occidentale. Peu importe que les Vierges noires soient d’anciennes figures de Cybèle ou d’Isis (majoritairement) et que les cathédrales, et nombre d’églises, soient bâties – pour l’efficace de leur influence – sur des sources anciens lieux de culte celtiques.

    Permets-moi de rappeler que cette liturgie chrétienne était basée sur les cycles de la Nature (rythmes soli-lunaires), or cette nature avait imposé sa géographie et ses climats, donc ses Langues d’oc et d’oil à ses habitants ; les cathédrales gothiques et le mythe du Graal étant des illustrations de cette Voie occidentale à mille lieues des préoccupations des nomades orientaux.
    Nous pouvons peut-être parler d’un christianisme tantrique ? La mort et la « résurrection » printanière du Christ (à la première lune d’avril) est semblable à celle de nombreux dieux et héros de l’Antiquité ; elles pointent vers la création pour remonter a sa Source productive.

    Les Manifestes Rose-Croix avertissaient en 1600 – et selon tes dires, que « au plan de la Tradition, les Occidentaux modernes (seraient) à peu près tous des déracinés ! » Même en dehors du Compagnonnage (et surtout selon moi) hors de la Franc-Maçonnerie (créée pourtant comme « dépositaire » de cette Tradition) il restait possible à un esprit rustique mais « curieux », jusqu’au IIe concile œcuménique du Vatican, d’inférer que le calendrier liturgique et la liturgie étaient supports d’une voie « particulière » de Connaissance (de Soi), mais la plupart avaient déjà « jeté le bébé avec l’eau du bain » ! Ah, les chemins de Kathmandou.

    Parlons donc de la pratique exotérique hexagonale du plus grand nombre : les campagnards jusqu’à ce Concile, et j’ai oui dire que chez les très-chrétiens paysans lituaniens ce n’est pas triste !
    Je tiens de ma Grand(e) Mère et de ses enfants, que dans les années 1930, pas en l’an mil, il était tombé sur leur village des grêlons « gros comme des oeufs de pigeon » à recouvrir entièrement le sol, et tous les villageois se les montraient ; ces grêlons présentaient tous dans leur intérieur l’image de la Vierge à l’enfant ! Je ne peux douter de ce témoignage, d’autant que j’ai tenu entre mes mains une écorce d’arbre représentant avec une précision « hallucinante » une image de la Vierge à l’enfant.

    Si les paysages sont évidemment le produit de la pensée, en retour le « lieu » conditionne les psychés et la nature des phénomènes, et il faut tenir compte que dans ces histoires familiales campagnardes l’animisme était le sous-bassement du catholicisme, il s’exprimait par la connaissance des sciences de la Nature et l’utilisation de ses « pouvoirs » : la sorcellerie. Cette dernière avait d’ailleurs intégré des prières néo-chrétiennes comme source supplémentaire de pouvoirs… redoutables !
    Ainsi cette même mémé ! allant chercher du bois mort dans la forêt avertissait ses enfants en passant devant la dernière maison du village en se signant ! : »Ne regardez pas, elle est encore collée au mur ». Bien évidemment ma mère et mon oncle regardaient par la fenêtre et voyaient une vieille femme les bras en croix contre le mur lévitant à plus ou moins un mètre au-dessus du sol ! Il faut lire de Jeanne Favret-Saada Les Mots, la mort, les sorts sous-titré La Sorcellerie dans le bocage (1977) ! pour relativiser trés fortement l’influence du p’tit Jésus juif essénien dans nos campagnes !

    Car si le pouvoir des Princes, avec les élites intellectuelles et artistiques, a sous l’influence d’Hermès/Mercure (fin XVe siècle) créé les oeuvres de la Renaissance et revivifié ainsi l’ésotérisme occidental avec ce Christ/Hermès, jusqu’aux années 1970 l’Europe campagnarde profonde restait catholico-animiste. Il suffit, encore au XXIe siècle, de connaître certaines familles berrichonnes pour n’en pas douter, le Berry en l’absence de grands axes routiers est une « réserve » animiste !

    La fin des « veillées », à cause de l’irruption de la téloche à la fin des années 50, a accéléré la désertification des campagnes et a sonné le glas de la culture christiano-animique et ce n’est pas en modernisant la liturgie avec le Concile Vatican II que le catholicisme pouvait renaître !

    En 1969 en France des milliers de gens ne croyaient pas que des terriens aient posé le pied sur la lune. A moins de 100 kms de Paris on pouvait me regarder, quelque peu inquiet sur ma santé mentale : « Mon p’tit gars mais c’est des réclames (pubs) tout ça » !
    Un ami d’origine campagnarde algérienne étant allé dans les années 80 en Corrèze (ou en Lozère ?) pour faire un documentaire pour FR3, a visité une vieille paysanne vivant dans une seule pièce de terre battue (cheminée, évier et crucifix avec du buis au mur). Avisant la télé qui trônait, il a demandé la raison du rideau coulissant sur le « poste », elle lui a répondu qu’elle ne voulait pas « qu’ils » la voient se déshabiller. Ah, Ben oui, hein ! :-)
    Cela n’empêchait pas ces braves gens d’aller à l’Eglise et même « à Vêpres » ! Et mon ami m’a confirmé que « chez lui » c’était pareil : les paysans montagnards vivaient parmi des tas d’entités et allaient dévotement à la mosquée !

    Le christianisme de Rome avait pu occulter (quelque peu !) le culte des sources, des grandes pierres et des grottes par les processions de la Vierge et des saints dans ces mêmes lieux, mais n’avait pu empêcher les femmes de frotter leur sexe contre certaines pierres de fécondité !
    Une fois le commerce avec les fées (dames blanches) et autres entités perdu, que peut-il bien rester de cette « religion » une fois son ancienne liturgie disparue ?

    Bien d’accord avec toi : « ce n’est pas en attendant l’âge adulte pour étudier une religion exotique, que l’on va bénéficier d’un conditionnement traditionnel.
    Il est trop tard ! »

    Mais au fait à quel âge as-tu commencé ? :-)

    Cordialement,

    Charly

    • BK /

      Hello Charly,

      Certes, certes, le passé est encore présent.

      Mais je parlais de l’avenir qui commence aujourd’hui.

      Je parlais de ce sondage mené auprès des jeunes des cités, qui connaissaient bien Jésus et Hitler mais ne savaient pas exactement qui avait fait quoi.

      Je parlais de cette écrasante majorité de « rats des villes » dont la culture s’étend de Marx au Coca Cola, en passant par la TV, l’Internet, le ciné, le Rap, le M.L.F., la R.A.T.P., l’O.M., Nike, Adidas… et qui, lorsque tu leur parles de l’ascension te répondent Roux et Combaluzier.

      Je parlais de ces athées et de ces Cathos tellement « non pratiquants » qu’ils ne se distinguent en rien des athées, et qui, lorsque, par accident ou évolution personnelle, se mettent à s’intéresser au spirituel sont infiniment plus familiers avec les mots « Zen » ou « Dalaï Lama » qu’avec « Jean de la Croix » ou « Rose Croix ».

      Je parlais, surtout, de nos fameuses « ménagères de 40 ans » qui trouvent l’éveil par hasard sans avoir rien demandé à personne, ou de cette tendance iconoclaste qui a plus ou moins démarré au début du vingtième siècle avec Krishnamurti et n’a cessé de se développer, de U.G. à Tony Parsons, jusqu’à nos jours.

      Je parlais, enfin, de cette désaffection des églises et de cette fuite des curés, totalement synchrones avec le phénomène, moins visible, de vidange de l’inconscient collectif religieux que personne ne peut nier, tout au moins dans nos régions.

      Bref, je ne parlais pas du douzième siècle, ni de 1969, ni même de l’an 2000 ! Je parlais du tournant conscientiel qui s’amorce en ce moment même avec la discrétion de l’inéluctable, et qui, en dépit des risques, semble beaucoup plus vouloir s’appuyer sur ses ailes que sur ses racines.

      Quant à savoir à quel âge j’ai commencé : c’était vers l’âge de 5 ans… mais pas à me plonger dans un conditionnement traditionnel, puisque je m’étais inventé ma propre religion.

      Non, qu’elles soient occidentales ou orientales, les Traditions restent, pour moi, à l’extérieur. Je ne me rends coupable ni de la témérité d’en nier l’existence, ni de la prudence de les adopter.

      Surtout à l’heure de l’Apocalypse, le présent a des ailes qui ne s’envolent pas vers le passé.

      Bernard

  5. Charly Alverda /

    Cher Bernard,

    je suis bien d’accord avec toi sur le statut des traditions vues à « l’extérieur », mais ma réponse ne visait qu’à mettre en filigrane la religion catholique (universelle !) dans son cadre romain, c’est-à-dire la définir comme une religion urbaine. Et certes dans les villes les prêtres occultaient la Nature et plaçaient en exergue la religion de l’Amour… en reléguant l’Eveil dans les limbes d’une après-existence. Mais pour le plus grand nombre il était davantage question d’une morale plaquée sur les rythmes et les pouvoirs de la Nature à l’intérieur et à l’extérieur de soi. Je prétends par expérience que la Contemplation des métamorphoses de la Nature par les mouvements de l’essence au sein de la substance est une voie royale d’Eveil on ne peut plus d’actualité, encore faut-il s’immerger dans cette Nature pour l’apprécier dans son rôle de miroir, car évidemment « le présent a des ailes qui ne s’envolent pas vers le passé » !
    Je vois là une « vraie » religion, un support de « reliance » à Soi, qui n’est bien sur pas éloigné du : « Je suis ce qui est Eternel, tu n’auras pas d’autre dieux devant moi ».

    A cause du « catéchisme ombilical » (Léo Ferré, il peut être bon de réécouter son « il n’y a plus rien » !), »on » a « bien entendu » fait de « Marx, du Coca Cola, en passant par la TV, l’Internet, le ciné, le Rap, le M.L.F., la R.A.T.P., l’O.M., Nike, Adidas… » des dieux ! inévitablement  » lorsque tu leur parles de l’ascension ils te répondent Roux et Combaluzier. » J’adooore :-)

    On peut bien sur, tel que tu le présentes avec un talent certain, replacer les paroles et les actions du Christ et du Précurseur dans le cadre de l’Eveil. Mais du christianisme je ne retiens (ou pas !) aujourd’hui que l’ancienne liturgie avec ses rituels et ses vêtements sacerdotaux changeant de couleur selon les événements cosmiques. :-) « L’étiquette Versaillaise » était plus hermésienne !

    Bonne journée,

    Charly

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