Exode (2) – Traverser le désert

avr 06

Retrouvons Israël, le chercheur spirituel, alors qu’il vient de quitter le pays d’asservissement au mental.

Il a traversé les eaux psychiques, s’éloignant ainsi d’une terre ancienne gouvernée par les archétypes de l’inconscient.

Il traverse à présent le désert à la recherche d’une Nouvelle Terre, promise par une Conscience qui dit se nommer « Je suis ».

La Terre promise où coulent le lait immaculé et le miel d’or n’est pas une terre psychique mais la véritable résidence de l’Esprit, le Soi non personnel, la Pure Conscience.

Toutefois, cet état de pureté de la Conscience implique qu’en aient été expurgés tous les Samskaras et les Vasanas, les racines de l’ego.

Pour accomplir cette expurgation, cet Exode, il faut que le chercheur traverse le désert dans une solitude méditative et dans le renoncement à soi-même.

C’est une marche épuisante !

Une marche pour épuiser l’ego !

Pas

Si l’Egypte est un cercle vicieux tournant sur soi-même, un blocage dans un processus répétitif, le désert par contre est marche.

Une marche sans autre alternative à l’avancée vers une Terre Promise encore ressentie comme hypothétique, que le retour vers une Egypte parfaitement connue.

Constamment Israël se trouve écartelé entre ces deux possibilités.

Alors pourquoi une telle hésitation entre l’avancée et le recul ?

Eh bien, en partie parce que l’alternance entre lâcheté et courage reste une des activités favorites du mental dualiste, mais peut-être surtout parce que demeurer dans le désert est proprement inconcevable.

Entre l’Egypte de l’isolement égocentré, et la Terre promise de la communion dans la Conscience universelle, le désert de la solitude semble vouloir étendre à l’infini un néant épouvantablement angoissant.

Pourtant, ce néant n’est qu’une illusion.

La dernière illusion !

Un masque de néant

Le désert paraît effectivement sépulcral, surtout à celui qui a appris à reconnaître les mirages pour ce qu’ils sont.

Mais en réalité il ne se masque de néant qu’aux yeux de l’ego séparé qui résiste encore à la dissolution.

Pour tout dire, le néant n’est qu’inconnaissance.

Or, l’inconnaissance est à l’origine de l’ego.

C’est d’elle d’où surgissent tous les mirages de la religiosité et du spiritualisme.

Alors bien sûr, lorsque le chercheur entre dans sa phase de spiritualité, c’est-à-dire au fur et à mesure que les mirages perdent leur pouvoir d’illusionnement sur l’ego, celui-ci ne fait plus face qu’à son néant, qu’à l’inconnaissance qui le fonde.

Bulle 1

En pays de servitude, l’ego fantasmait des objets dans sa bulle d’isolement.

Et ceci lui permettait d’entretenir l’illusion qu’il était le sujet… ou, plus exactement, le roi régnant sans partage au cœur de ce microcosme d’objets.

Confronté au désert, c’est-à-dire à la disparition progressive des objets fantasmés, le sujet disparaît à son tour.

Car il ne peut y avoir de sujet sans objets.

Et, sans sujet c’est le néant.

Pourtant demeure un Témoin.

Un infiniment subtil Témoin !

Nul ne peut faire l’expérience du rien sans ce Témoin.

Nul ne peut avoir conscience du néant sans la conscience.

C’est cette conscience essentielle qui servira de fil conducteur dans le franchissement de l’inconnaissance.

C’est cette conscience, à l’extrême pointe de l’état méditatif naturel, qui permettra de cheminer sans chemin.

De comprendre sans mental.

Mais avant, pour briser l’ultime illusion du néant de l’inconnaissance, encore faut-il laisser éclater la bulle d’isolement de l’ego.

C’est précisément ce à quoi invite la solitude du désert intérieur.

Isolement et solitude

Vous l’aurez compris : il existe une différence essentielle entre isolement et solitude

Lorsque les monothéistes disent qu’il n’y a qu’un seul Dieu, ils veulent aussi dire que Dieu est seul, que l’Esprit est solitude.

Ce Dieu unique qui, dans l’Exode, se nomme lui-même « Je suis », veut signifier que « Je suis » est solitude.

Par contre, l’isolement lié à l’ego est d’une toute autre nature, puisque c’est en se séparant de l’Etre que le petit moi s’isole.

Après la naissance, chaque organisme psychophysique se charge progressivement de conditionnements dans l’extériorité desquels l’Identité s’exilera, créant un faux moi cruellement séparé de sa source et donc épouvantablement problématique.

Mais la malédiction est toutefois destinée à être levée, précisément par la Grâce de ce désert intérieur dans lequel se révèlent l’Identité « Je suis » et sa volonté d’établir une nouvelle alliance.

Arche 1

Tant que cette alliance n’est pas rétablie, l’état d’isolement dans l’extériorité continue de séparer.

Et, même dans le désert, cet isolement fait encore écran à la Réalité, la masquant de néant.

En Egypte, une foule d’autres ego et d’objets faisait illusion et permettait au moi de tromper son isolement.

« Le grégarisme absurde, incontrôlé de tant d’êtres humains qui se singent réciproquement, réduisent leurs différences, s’admirent, se désirent, s’envient, rivalisent, se tourmentent les uns les autres, est l’expression d’un effort qui vise à se soustraire à la solitude essentielle du Soi », écrivait John Cowper Powys dans sa « Philosophie de la solitude ».

Chaque fois que la ressouvenance de l’Un sans second s’infiltre dans l’ego, chaque fois que le moi tente de regarder en direction de la solitude-communion, il ne voit que l’isolement égocentrique qui lui fait écran… et, apeuré, il retourne immédiatement à la fuite éperdue des troupeaux.

C’est là le dilemme vécu par Israël dans le désert.

Sans autres et sans ego

Israël dans le désert, c’est le chercheur spirituel qui reste « seul avec Le Seul ».

C’est l’abandon progressif de toute croyance en la relation, cette tentative d’exorciser l’isolement.

C’est l’abandon de la croyance qu’il existerait des « autres ».

C’est la fin de ce grégarisme de troupeau qui se situe aux antipodes de l’état de communion universelle.

Communion

Hélas, cet engagement à contre-courant du fonctionnement mondain entraîne une certaine perte de l’équilibre socioculturel acquis.

En Egypte, Israël s’abreuvait encore dans les eaux de cette énergie psychique qui stimulait le mental en circulant constamment dans des échanges interpersonnels.

C’est en effet grâce à l’échange que l’ego séparé peut trouver la force de se maintenir.

Car, en tant que système fermé, sans cela il perdrait bien vite toute vitalité.

Il lui faut donc ce frottement électrisant avec ses semblables, cette confrontation à son public chéri ou aux autres personnages de la pièce.

Or, dans le désert de la solitude intérieure, c’est précisément de tout cela dont il est privé.

C’est à une dévitalisation de l’ego qu’Israël se voit acculé, lui arrachant une plainte bien compréhensible.

La soif

Immédiatement après le passage de la mer rouge, Moïse conduit Israël dans le désert de Schur, et la soif commence à se faire sentir.

Schur, la muraille, la forteresse de l’ego, se révèle dans toute son horreur dès les premiers pas dans le désert intérieur.

Et, lorsque Israël trouve enfin de l’eau, en un lieu appelé Mara, ce dont le chercheur prend conscience c’est que la muraille du moi enferme l’eau du psychisme, qu’elle l’empêche de circuler… et que l’eau devient amère.

Par la Grâce du désert intérieur, à l’abri des relations distrayantes, le mental est définitivement perçu comme une machine à falsifier le réel.

Les pensées sont observées et se révèlent être du poison. L’eau psychique devient amère.

C’est alors que Moïse frappe cette eau de son bâton pour la rendre douce.

Moise 4

L’impulsion vers la Liberté (Moïse) suscite l’intervention de la Sagesse (le bâton) dans l’observation du mental (l’eau).

Et, à la faveur de cette Sagesse, Dieu donne des lois.

L’accueil de « Je suis » dispense une science dont on retrouve la trace dans toutes les Traditions spirituelles du monde.

Cette science spirituelle, révélée dans le désert intérieur, enseigne au chercheur à s’observer en tant que Témoin non impliqué.

Mais attention, ce n’est plus là une technique comme on peut en apprendre dans un cours de yoga, mais bien une évidence qui s’impose à tous à ce stade du Chemin :

je ne suis pas la pensée, je suis celui qui l’observe.

La faim

La marche continue.

Après l’oasis d’Elim, Israël entre dans le désert de Sin, et connaît la faim.

Cette sorte de faim que tout être plongé dans l’inconnaissance ressent sous forme d’inquiétude, d’angoisse, d’anxiété.

Aveuglé par cette inconnaissance, encerclé par l’inconscient, menacé par le néant, le chercheur a peur et se pose des questions.

Et plus il se pose de questions, plus il a peur.

C’est cela marcher dans le désert et avoir faim.

En Egypte, on lui donnait des réponses. Il était si fier de savoir croire et de croire savoir.

Pourtant, il faut bien que vienne le jour de renverser les images infantiles, de se confronter à nouveau au questionnement et surtout de transcender ce questionnement angoissant en un état de conscience nouveau, dans lequel l’interrogation n’est plus qu’ouverture, virginité de l’esprit.

Cette transmutation a lieu dans le désert de Sin dont les Kabbalistes nous précisent qu’il a pour anagramme « mon miracle ».

Ce miracle est celui de la manne céleste qui vient nourrir Israël.

Manne

Manne signifie « qu’est-ce ? ».

Voilà de quoi nourrir l’Etre et non plus l’ego !

Finies les marmites de viandes d’Egypte, finie la petite cuisine de la religiosité qui nourrissait l’intellect de réponses, en affirmant « c’est ceci, c’est cela ».

Le banquet auquel Israël est à présent convié tient tout entier dans la coupe de l’état interrogatif, dans cette Voie négative, basée sur le rejet de toute affirmation, que les védantistes appellent « ni ceci, ni cela ».

La manne, l’état ouvert de la conscience, le rejet de tout savoir issu du passé, n’est pas une nourriture qui se conserve. Il faut la consommer dans l’instant.

Ici et maintenant.

Quarante ans

Négation de l’ego accumulateur de certitudes, la manne trouve sa place dans le Graal de la réceptivité, devant l’Arche d’Alliance.

Ce pain du Ciel, destiné à être la seule nourriture d’Israël pendant les quarante ans que durera la traversée du désert, invite à un approfondissement de la Voie négative-interrogative.

Que signifient ces « quarante ans » ?

Ils représentent le processus par lequel pourra se creuser jusqu’au bout du désert la négation « ni ceci, ni cela ».

Quarante, c’est la lettre Mem, elle-même élévation à la dizaine de la lettre Daleth, le quatre.

Daleth est la porte, au bout de l’univers matériel, ouvrant sur le Mem spirituel de l’état interrogatif de la conscience.

Ainsi, ces « quarante ans dans le désert » nous enseignent que le chercheur ne doit jamais qualifier de réels les différents états de conscience qu’il traverse tout au long du Chemin.

Qu’il doit demeurer dans l’accueil sans jugement, sans affirmation.

Ce n’est qu’à cette condition que l’introspection ira jusqu’au-delà.

Gate, Gate, Paragate, Parasamgate ! (Allez au-delà).

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A la question « Qui suis-je ? », la première réponse négative fut « je ne suis pas la pensée ».

« Je » n’est pas l’âme-sang.

La seconde est « je ne suis pas le témoin de la pensée », « je ne suis pas la connaissance ».

Ainsi, marcher dans le désert c’est évoluer de négation en négation, jusqu’à ce que, tout étant nié, y compris le négateur lui-même puisque Moïse meurt, le voile du néant d’inconnaissance se déchire et que la Terre promise se révèle enfin.

Tables 1

12 commentaires

  1. Delph38 /

    Bonjour,

    Je me reconnait beaucoup quand vous parlez de la solitude de l’être et de l’isolement de l’ego car ma recherche m’a amené à vivre seul. Marie Medeline Davy disait qu’on ne peut faire ses ailes à deux et c’est exactement ce que je ressent.
    Je crois aussi que les hébreux prenent le désert comme symbole de la solitude parce que les prophètes vivaient dans le désert. Ils étaient donc seul intérieurement mais aussi isolés physiquement. Les deux vont souvent de paire.

    • BK /

      Delph38, bonjour,

      Comme je l’écrivais dans un article précédent (Le couple et le moine), il y a la Voie du deux et la Voie du Un. La spiritualité n’oblige nullement à rester seul. Mais il est un fait que c’est assez souvent le cas ; surtout dans le passé.

      Chez les Hébreux de l’antiquité, on partait en effet volontiers s’isoler dans le désert. Non pour y fuir ses semblables, d’ailleurs, mais pour y méditer.

      Même si, de nos jours, la méditation hébraïque a pratiquement disparue au profit d’une théologie de scribes et de docteurs, les premiers monothéistes la pratiquaient avec une conviction que ne renierait aucun Yogi.

      Méditation et solitude étaient en tout cas synonymes puisqu’en Hébreux méditer se dit hitbodèd, verbe dérivant de badad qui signifie être seul.

      Le mot méditation, hibodédout, a lui-même plusieurs sens, dont isolation physique aussi bien que solitude intérieure.

      Ce que vous dites est donc extrêmement pertinent !

      Donc, dans cette Tradition, la méditation gagnait à être pratiquée dans le désert.

      Mais, comme partout ailleurs, elle consistait surtout à « se séparer soi-même de ses pensées » si l’on en croit Rabbi Haïm Vital.

      Tout comme dans le Yoga, la méditation hébraïque pouvait être plus ou moins profonde.

      Pratiquée assidûment par tous les prophètes, cette méditation visait graduellement à séparer la conscience : du corps, du monde, de la rêverie, de l’imagerie visuelle, etc., jusqu’à atteindre le degré ultime de la pure conscience, stade où la révélation pouvait avoir lieu et l’essence divine pénétrer l’être tout entier.

      Comme vous le voyez, partout dans le monde, la méditation se confond souvent avec la Voie du moine (monos = seul)… mais tout de même pas toujours. Surtout à notre époque.

      Bernard

  2. Delph38 /

    Bonjour,

    Merci pour votre réponse. Puis-je vous demander encore une petite précision? En relisant votre article une chose me semble encore pas claire quand vous dites « l’inconnaissance est à l’origine de l’ego »
    Qu’entendez vous par la?

    • BK /

      Delph38, bonsoir,

      Vous avez raison, ce n’était sans doute pas suffisamment développé.

      Comme vous le savez, la Tradition distingue entre « l’Arbre de Vie » et « l’arbre de la connaissance », autrement dit entre la pure Conscience et la connaissance (cognitive).

      Dans le Vedanta, la connaissance (cognitive) est dite « fille d’une femme stérile ».

      Qu’est-ce à dire ?

      Cela signifie qu’elle naît d’une illusion, d’une maya.

      En effet, il n’y a connaissance que grâce à la dualité sujet-objet. Comme je le disais dans l’article, sans objet le sujet disparaît. C’est ce qu’il se passe toutes les nuits pour tout le monde dans le sommeil sans rêve.

      De ce sommeil sans rêve, nous dit encore le Vedanta, surgit une impulsion spontanée que l’on pourrait considérer comme la graine de l’arbre de la connaissance « Je suis ». Les Vedantistes l’appellent « Vidyamaya », la connaissance-illusion. C’est le concept-racine « Je suis » à l’état latent.

      C’est aussi, si je puis me permettre cette image, l’étincelle qui va mettre le feu aux poudres puisque cette vidyamaya se transforme immédiatement en avidyamaya, l’ignorance-illusion. Le concept-racine « Je suis » vient de se manifester sous la forme grossière de la connaissance objective. Et le rêve, peuplé d’objets, donne naissance au sujet… qui ne manquera pas de se poursuivre dans l’état de conscience de veille.

      L’inconnaissance (avidya) est donc bien à l’origine de l’ego.

      C’est pourquoi les Voies progressives nous proposent le schéma libérateur suivant :

      1/ sortir « Je suis » des griffes du mental (sortie d’Egypte et passage des eaux),

      2/ crucifier « Je suis » (la traversée du désert et la mort de Moïse).

      Ainsi non seulement l’avidyamaya s’éteindra, mais la graine de Vidyamaya qui lui donnait naissance à partir du néant sera-t-elle également consumée (le « Consumatum est ! » de Jésus sur la croix).

      Ou, comme disaient les Cathares : « Que le beau doux Sire Dieu vous mène à bonne fin ».

      Bernard

  3. Delph38 /

    Ne m’en voulez pas je n’ai toujours pas compris comment la connaisance peut naitre à partir du néant.

    • BK /

      Bonjour Delph38,

      Le néant est un concept. C’est juste une façon d’interpréter l’absence du connu auquel on fait habituellement référence.

      Si vous le voulez bien, utilisons la physique comme métaphore pour expliquer la métaphysique.

      Je ne suis évidemment pas physicien mais, si j’ai bien compris, le vide est plein de particules et d’antiparticules dites « virtuelles », c’est-à-dire, en réalité, à durée de vie très courte mais néanmoins existantes.

      Donc, à partir de ce que nous appellerions le « néant », de la masse apparaît et disparaît.

      Comment apparaît-elle ? En empruntant une énergie qu’elle restituera en disparaissant.

      Comment disparaît-elle ? Par l’annihilation réciproque de la matière et de l’antimatière. Ce qui libère l’énergie dont elle s’était endettée pour apparaître.

      Vous voyez probablement plus clairement, à présent, le jeu auquel est soumise la manifestation. Ce jeu, c’est celui de la dualité (matière/antimatière ; sujet/objet) qui provient de zéro et retourne à zéro. Une dualité (plus/moins) qui, en réalité, est toujours égale à zéro.

      C’est à cause de ce jeu, de cette illusion, que l’on dit la connaissance fille d’une femme stérile. Le sujet et l’objet, tout comme les particules et antiparticules, contractent une dette karmique qu’ils doivent rembourser au moment du sommeil sans rêve ou de la mort.

      Cette dette karmique, vous l’aurez compris, est leur existence qui doit retourner à l’inexistence ; et le coût de cette dette est l’impermanence. Rien de ce qui est illusoire ne peut se maintenir (ou, vu sans l’autre sens, ce qui ne peut se maintenir est forcément illusoire, virtuel).

      Sujet/objet ne doivent leur existence qu’à leur relation.

      Ces deux là valent zéro. Ils n’ont aucune nature propre.

      En réalité, il n’y a jamais eu que le Soi.

      Le Soi est sans cause. Dans la réalité statique, il n’y a pas de causes et d’effets.

      La causalité n’apparaît qu’à partir du moment où il y a connaissance. C’est dire que la connaissance, elle-même, ne peut avoir de cause. Elle est la première cause.

      Voilà pourquoi la crucifixion de la connaissance est au bout d’un désert sans chemin. Le mental (producteur de chemins) ne peut guider dans le Vide (le désert).

      Consumer la maya ne peut donc pas être de notre ressort. Cela se fait sans nous, sans notre mental. Et cela se fait même d’autant plus aisément qu’il y a moins de mental.

      L’Eveil est sans cause.

      Bernard

  4. xavier /

    Bonsoir Bernard

    Une question:

    « je ne suis pas la pensée, je suis celui qui l’observe. »

    Et comment s’y prends t ‘on pour faire une bonne observation de la pensée?

    Autre question ?
    L’inconnaissance quelle nuances par rapport à l’ignorance?

    Je te souhaite une bonne soirées
    Xavier

    • BK /

      Hello Xavier,

      La question fastoche d’abord :

      L’inconnaissance quelle nuances par rapport à l’ignorance?

      C’est juste un choix perso de vocabulaire. Il est question ici de ce que les Indiens appelle « avidya » (contraire de « vidya », la connaissance).

      Avidya est généralement traduit par « ignorance ». Mais c’est évidemment un mot qu’en Occident on peut comprendre comme « ce que je ne sais pas ». Un illettré, par exemple, peut être appelé « ignorant ». Or, cette acception ne traduit pas du tout « avidya ». C’est pourquoi je lui préfère le mot « inconnaissance » qui s’affiche clairement comme le contraire de « connaissance » (vidya = connaissance ; avidya = inconnaissance).

      Dans le temps, je disais plutôt « ignorance ontologique »… mais ça n’était pas vraiment compris par tout le monde.

      Aussi, maintenant je dis « inconnaissance », ce qui correspond peut-être d’autant mieux à la culture ésotérique occidentale que cela fait aussi référence au célèbre ouvrage anonyme « Le nuage d’inconnaissance ».

      Tu me diras que je pourrais aussi employer directement le mot « avidya » lui-même. Mais il est quand même moins connu que des mots comme « karma » ou « chakra ».

      Donc : inconnaissance ! Ce qui voile la pure et parfaite Conscience. Ce qui fait que, comme disait le Christ, « ils ont des yeux pour voir mais ne voient point ». Rien à voir avec l’ignorance d’un savoir quelconque ! Non, l’inconnaissance, l’avidya, est un aveuglement de la conscience.

      And now, la question difficile :

      Et comment s’y prends t ‘on pour faire une bonne observation de la pensée?

      Tout d’abord, et comme je le disais dans le texte :

      ce n’est plus là une technique comme on peut en apprendre dans un cours de yoga

      Donc, on ne va pas, un beau matin, se dire : « Tiens ! Et si j’observais la pensée ! Voyons voir quelles techniques nous sont proposées ! »

      Non ! Bien qu’il existe effectivement des techniques dites « de méditation », ce n’est pas vraiment de cette observation de la pensée ni de cette méditation dont je parle.

      Les techniques relèvent de « Dharana » (la concentration). Ce dont je parle, c’est de « Dhyana » (l’état naturel de méditation).

      Pour plus de détails à ce sujet, voir ici, et notamment les chapitres « Aplanir le sentier », « Convertir la conscience » et surtout « Poonja ».

      Pour le reste, le mythe de l’Exode décrit bien le processus :

      Il faut tout d’abord que l’on se ressente prisonnier de son conditionnement.

      L’écrasante majorité des humains n’a actuellement pas conscience d’être prisonnière de son mental. Et même si on le lui signale, la plupart se demandera de quoi tu parles.

      Donc, déjà à ce tout premier stade, il n’existe pas d’exercice permettant de se sentir prisonnier de la conscience ordinaire, prisonnier du mental.

      Ça t’arrive ou ça t’arrive pas !

      Si ça t’arrive, il faut ensuite (ou immédiatement) avoir envie d’être engagé dans le processus consistant à être libéré du « pays de servitude ».

      S’engager signifie que le sentiment d’emprisonnement devient si intense et, pour ainsi dire, « obsessionnel », que la recherche spirituelle va passer devant toute tes autres préoccupations dans l’existence… avant de devenir la seule véritable.

      Là encore, tu ne peux pas te forcer à être « obsédé par la vérité », comme disait Henry Miller. Si tu te forces, ton spiritualisme reposera sur des motivations très différentes de celles qui sont ici requises.

      Bref, l’engagement c’est la sortie d’Egypte et le passage des eaux.

      Ensuite vient le désert. Et là, il faut accueillir sa propre disparition. La propre disparition du chercheur lui-même (voir le chapitre « Krishnamurti » de l’article cité plus haut).

      C’est donc au coeur de ce contexte purement spirituel que la « bonne observation de la pensée » va pouvoir se révéler.

      Car c’est bien uniquement d’une révélation dont il s’agit !

      Comment ça se passe ?

      Eh bien, je crois que cela se passe différemment pour chacun d’entre nous. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je m’en tiens généralement, dans mes articles, à la description impersonnelle des processus en question… plutôt que de raconter ma vie (ce qui, pourtant, m’amènerait plus de lecteurs – humour !).

      Toutefois, comme il n’est de bonnes règles que celles qui comportent des exceptions, voici, en résumé, ce qu’il s’est passé pour moi :

      Il était une fois un p’tit jeune (années 70) qui observait sa pensée. Et puis il s’est rendu compte que, d’une certaine manière, il observait sa pensée avec sa pensée. Disons que chaque pensée observée suscitait en effet le surgissement d’une autre pensée qui disait « j’ai observé cette pensée », pensée qui, elle-même, suscitait une autre pensée d’observation… et comme ça à l’infini.

      En fait, le problème c’est que, derrière cette observation de la pensée, se tenait la volonté d’observer la pensée.

      Une fois qu’il a été fatigué, mais vraiment fatigué et misérable, de se livrer à ce genre d’exercices stupides (car il ne s’était naturellement pas privé de pratiquer toutes sortes de techniques), une fois qu’il eût éprouvé une honte indescriptible pour ce mental égocentré qui prétendait pouvoir s’observer lui-même… eh bien, il a craqué !

      D’un certain point de vue, on pourrait dire qu’il a lâché prise.

      D’un autre, au contraire, que sa volonté d’éveil est devenu totale, et non plus limitée à l’ego.

      Quoi qu’il en soit, il a ainsi vécu son premier « petit Satori », son premier Samadhi, son premier éveil (avec un petit « é »).

      L’éveil soudain.

      Il a été la Totalité. Son mental a été immergé dans l’Océan de Conscience. Sa faculté intuitionnelle définitivement éveillée, etc., etc.

      A partir de là, l’attention n’a plus jamais été la concentration. La conscience s’est détachée de la pensée. En d’autres termes, la pensée a été vue comme on pourrait voir, avec ses yeux de chair, un mécanisme concret et extérieur à soi.

      Qu’ai-je fait pour en arriver là ?

      Rien !

      Ou plutôt j’ai vainement essayé… jusqu’à épuisement.

      Mais pour en arriver à l’épuisement, je le répète, il faut qu’il y ait engagement. Et l’engagement dont je parle, c’est « je ne peux pas faire autrement ».

      Enfin, je le répète aussi : ça, c’est ce qu’il m’est arrivé.

      Chacun pourrait raconter son histoire. Il y a d’ailleurs, en ce moment, des tas de gens qui s’éveillent sans passer apparemment par aucun engagement ni spiritualisme ou spiritualité explicites.

      Chacun son histoire.

      Et il n’y a pas de fin à raconter des histoires.

      Simplement que : le désert, c’est la fin de l’histoire.

      Bernard

  5. Ce qui était clair, devient limpide à travers la lecture de ton blog.
    Et je m’arrête là car tu vas me trouver encore « dithyrambique ».
    Merci encore. J’aime bien la gratitude.
    Joyeuse Pâques, cher BK.
    RV
    rv Son dernier article…Who cares ?My Profile

    • BK /

      Bonsoir RV,

      Que dire ?

      Que dire, face à tant de gratitude ?

      Allez, pour cette fois disons que le « Who cares ? » est inapproprié.

      Alors tout simplement : « My pleasure ! »

      Ou mieux encore « You’r welcome ! »

      Bonne soirée

      Bernard

  6. Taïs /

    je ne comprend toujours pas!!!!!!!!! pourier vous me donner une explication plus simple STP. D’avance merci. Taïs

    • BK /

      Taïs bonjour,

      Votre commentaire arrivant tout en bas du fil des discussions (et non spécifiquement en réponse à l’une d’elles), je ne dispose d’aucun moyen de savoir à quoi vous faites référence et, donc, ce que vous n’avez pas compris.

      Veuillez me le préciser et je me ferai un plaisir de vous répondre.

      Merci

      Bernard

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