La légende de Houeï Nêng, patriarche de la Voie abrupte
avr 23
Pour conduire le plus tôt possible leurs disciples à l’immersion, les premiers patriarches du Tch’an eurent recours aux méthodes les plus expéditives.
Ma Tsu, un géant armé d’une voix tonitruante, fut le premier à employer les coups de bâton, coups de pieds, gifles et cris…
Toutes ces violences ponctuaient quotidiennement son enseignement, comme autant de ruses visant à court-circuiter le mental, à écarter toute distraction et à obliger le disciple à une réponse sincère et spontanée.
Plus tard, Huang Po se distingua en prenant le fils de l’empereur pour disciple et… en le giflant tant qu’il pouvait.
Enfin, son disciple direct, Lin Tsi, instaura une véritable méthode de provocation à l’Eveil, où, prolongeant les gifles et les coups de pieds de Ma Tsu, les blasphèmes et les sarcasmes venaient s’ajouter à l’arsenal du Djihad zen.
Habitué depuis tout jeune avec ses maîtres à échanger les éléments de doctrine sur le mode du coup de poing, Lin Tsi était à l’origine un garçon plutôt timide et réservé.
Une fois devenu Maître, il adopta à son tour la conversation musclée et virulente comme moyen de faire surgir « l’homme sans situation », autrement dit l’Eveillé, qui hésite encore dans chaque disciple.
Ainsi par exemple, à un moine qui lui demande comment était l’homme vrai sans situation, il répond en bondissant, l’empoignant, le secouant et hurlant « Allons, dis-le toi-même, dis-le, dis-le ! ».
Puis, laissant le moine sans voix, il lui assène :
« L’homme vrai sans situation est un je ne sais quoi à se torcher le cul ! ».
Et il s’en va en claquant la porte.
Lin Tsi
C’est d’ailleurs ce même Lin Tsi qui inaugura la plus célèbre des formules iconoclastes du Bouddhisme zen :
« Si vous rencontrez le Bouddha, tuez le Bouddha ! Si vous rencontrez un patriarche, tuez le patriarche ! Si vous rencontrez vos père et mère, tuez vos père et mère ! C’est là le moyen de vous délivrer, d’échapper à l’esclavage ; c’est là l’évasion, c’est là l’indépendance ! »
Tous ces moines savaient indéniablement crucifier le Christos !
Mais leur si précieuse Voie n’aurait probablement jamais vu le jour sans un misérable aborigène inculte, Houeï-Nêng.
Hiver 650.
Alors qu’il vendait du bois de chauffage sur les marchés pour subvenir aux besoins de sa vieille mère, Houeï-Nêng entendit un homme réciter le sûtra Vajracchedikâ.
Immédiatement, son esprit s’ouvrit sur une compréhension d’une toute autre nature que celle que lui aurait procurée une existence entière vouée aux études.
Sans attendre, et sur les conseils de l’homme, il se rendit au monastère de Tung Tch’an, à Huang Mei, dans le Sud, pour rencontrer le cinquième patriarche, Houng-Jen, et lui présenter ses respects en ces termes :
« Je suis venu de loin pour vous rendre hommage, et je ne demande rien d’autre que de devenir Bouddha ».
Etonné par la naïveté de la formulation, Houng-Jen échangea quelques mots avec le jeune aborigène du Nord, et comprit tout de suite que Prajnâ, la Sagesse suprême, surgissait constamment dans l’esprit de ce loqueteux.
Connaissant la nature humaine, le cinquième patriarche crût bon de mettre le jeune homme, alors âgé d’une trentaine d’années, à l’abri de la jalousie des autres disciples.
Parvenus au sommet de l’érudition après toute une vie d’efforts, ceux-ci n’auraient en effet ni compris ni admis qu’un va-nu-pieds ignare les supplantât dés son arrivée au monastère.
Houeï-Nêng fut donc relégué aux écuries, avec l’ordre formel de ne plus jamais parler.
Il arrive quelquefois qu’une personne grossière ou inculte parvienne à la grande extinction.
Socrate était un véritable monstre, Brug-pa-kun-legs était ordurier et fornicateur à en faire rougir des charretiers, Ji-Gong passait ses journées à se masturber dans les temples et ses nuits à se saouler la figure.
Ji Gong
Plus près de nous, Nisargadatta Maharaj, n’ayant jamais été scolarisé, était à peu près ignorant de tout, et avait, en plus, un caractère épouvantable et une impatience qu’aucune politesse ne venait tempérer.
Ces faits, même s’ils sont souvent un peu exagérés par la légende, démontrent qu’il est spirituellement plus utile de s’installer dans un recul observateur vis à vis de l’ego, que de chercher à l’améliorer.
Entre la pureté d’une telle observation sans jugement, et le calcul intéressé de celui qui cherche à s’élever, c’est à la pureté et à l’humilité qu’appartient la victoire.
Entre un Perceval qui ne cesse de commettre des bévues mais en prend conscience, et un Gauvain qui atteint à la perfection mais pense que celle-ci l’ennoblit, c’est à Perceval qu’il sera donné de découvrir le Graal.
Ces exemples célèbres nous confirment surtout que l’âne chargé de livres reste un âne, et que tous ceux qui prétendent que des dizaines d’années d’étude des textes et des techniques sont indispensables avant d’aborder la Voie, se trompent.
Une telle croyance naît du besoin que beaucoup ressentent de combler le vide de l’inconnaissance ontologique par de la connaissance intellectuelle.
Il est vrai que celui dont les facultés intuitionnelles sont encore faibles, voire inexistantes, ne doit compter que sur ses facultés intellectuelles.
Toutefois l’intellect ne comblera jamais le vide de l’ignorance ontologique, pas plus qu’il n’accèdera au non-conceptuel en se servant du concept comme d’un tremplin.
L’intellect, en réaménageant la perspective ou, mieux encore, en lui ménageant l’opportunité de se faire plurielle, doit simplement aider à atteindre à la souplesse, condition sine qua non à l’éveil de la faculté intuitionnelle.
Hélas, la plupart de ceux qui empruntent le sentier préparatoire de la culture intellectuelle abusent très vite du pouvoir qu’elle paraît leur procurer, et renforcent tellement leur mental qu’ils finissent par dépasser largement le cap de la souplesse… pour aboutir à la rigidité.
Huit mois s’étaient écoulés au monastère de Tung Tch’an.
Le cinquième patriarche, soucieux de sa succession, demanda à ses disciples de rédiger une stance qui puisse témoigner du niveau de compréhension de ce qu’était leur propre nature.
A celui qui démontrerait en avoir une vue d’ensemble, il transmettrait le patriarcat.
Persuadés que Shen Hsiu, le plus ancien de tous, était seul capable de recevoir la robe de sixième patriarche, les moines considérèrent que la rédaction de la stance serait une inutile perte d’énergie.
Dévoré par l’orgueil, le moi des moines préféra jouer l’humilité, rempart très efficace contre toute blessure narcissique.
Quant à Shen Hsiu, il était perdu dans la dualité de son mental, et rongé par l’anxiété.
Shen Hsiu
S’il n’écrivait pas cette stance, le patriarche ne pourrait jamais savoir qui serait digne de lui succéder.
Mais s’il l’écrivait, on penserait, peut-être à juste titre, qu’il n’était qu’un vulgaire intrigant, profitant de la défection des autres moines pour s’emparer du Saint Siège patriarcal.
Il ne parvenait pas à discerner ses réelles motivations : recherchait-il le Dharma ou le patriarcat ?
Etait-il prêt à disparaître au profit de sa mission impersonnelle de Maître spirituel ou, au contraire, n’était-il qu’un énorme ego violemment désireux qu’on le reconnaisse comme maître ?
Voilà la question que tous les ego spiritualistes peuvent se poser : sachant qu’il n’existe personne, aucun moi, qui doive s’éveiller puisque l’Eveil révèle précisément l’inexistence du moi, quelle est ma réelle motivation dans la recherche spirituelle ?
Etre témoin de la réelle motivation de l’ego spiritualiste est une prise de conscience essentielle avant de faire le premier pas sur le Chemin de la spiritualité.
Pour l’heure, Shen Hsiu souhaitait tellement peu cesser d’inconscientiser ses désirs de gloire, et craignait à tel point la rencontre entre sa Conscience et ses illusions, qu’il en perdait le sommeil et tremblait constamment à l’idée d’aller porter sa stance au patriarche.
Il se résolut finalement à un courageux compromis, et partit nuitamment et anonymement écrire sa stance sur le mur du corridor faisant face à la porte de la chambre du patriarche.
Ainsi, dès le lendemain matin, celui-ci put-il lire ces quelques mots :
« Le corps est l’arbre de l’Eveil ; l’esprit est comme un miroir brillant. Sans cesse, essuyons-les afin de ne pas y laisser s’attacher la poussière ».
Voilà magistralement résumé par cette belle légende le modus operandi de l’ego spiritualiste parti à la chasse à l’Eveil.
Shen Hsiu est Gauvain, le chevalier totalement engagé dans la voie du perfectionnement.
Shen Hsiu est un Essénien tout entier occupé à se purifier.
Il représente la perspective selon laquelle c’est en essuyant sans cesse la poussière que l’Eveil se réalise.
Mais qui essuie cette poussière, sinon l’ego ?
Et qu’est cette poussière, sinon le Soi puisque tout est le Soi ?
Shen Hsiu cherche sans cesse.
C’est toutefois grâce à ce « sans cesse », si épuisant pour l’ego, que le cinquième patriarche exhorta tout d’abord les moines à réciter cette stance fort utile.
Puis il fit venir Shen Hsiu et lui demanda s’il en était l’auteur.
« C’est moi, Seigneur », répondit Shen Hsiu, « et je souhaite que Votre Sainteté me dise si ma stance témoigne de la plus petite parcelle de sagesse ».
Le patriarche n’y vit naturellement que le signe d’une totale immaturité spirituelle, et renvoya le malheureux Shen Hsiu en lui rappelant que, pour atteindre l’Illumination, il fallait être capable de connaître spontanément son propre esprit et sa propre nature.
Ramana Maharshi avait exprimé la même idée en constatant que l’effort et la spontanéité luttaient l’un contre l’autre tout au long du Chemin, mais que la victoire finale revenait toujours à la spontanéité.
Cette réflexion du Maître s’applique indifféremment aux Voies progressives et abruptes, avec pour seule différence que les Voies progressives mettent l’accent sur l’effort, et les Voies abruptes sur la spontanéité.
Houeï Nêng
Deux jours plus tard, le jeune Houeï-Nêng entendit un moine réciter la stance de Shen Hsiu et, conscient que son auteur n’avait pas réalisé la nature de soi, voulut lui répondre par une autre stance.
Il pria donc quelqu’un d’écrire pour lui, sur le même mur, la stance suivante :
« Il n’y a pas d’arbre d’Eveil, ni cadre de miroir brillant. Puisque, intrinsèquement, tout est vide, où la poussière peut-elle s’attacher ? ».
Réaliser que « puisque tout est vide, la poussière ne peut s’attacher nulle part » suffit à anéantir toutes les défiances que l’indispensable discrimination, à l’œuvre dans les Voies de la première et de la deuxième rose, a inévitablement fait naître.
Ni même la religiosité, les sectes ou les églises ne s’inscrivent en dehors du Réel.
Or le Réel demeure adorable.
Chaque adversaire du Spirituel et de la spiritualité a sa raison d’être et travaille donc, en définitive, pour le Spirituel.
On ne peut nier que la connaissance intellectuelle, les pouvoirs, les états non ordinaires de conscience, les livres sacrés, les rites, les activités humanitaires ou les techniques deviennent très souvent plus importants que le Réel.
Ni que la plupart des chercheurs retardent l’Eveil en prolongeant les étapes du Chemin par pur attachement.
On ne peut nier, pour tout dire, que l’amélioration de l’ego ait presque toujours été plus importante que la réalisation du Soi.
Mais réagir aux attachements spiritualistes en dénigrant les églises, les philosophies ou les méthodes n’est qu’une nouvelle manière pour l’ego de tenter de s’améliorer.
Mieux vaut discriminer en accueillant toutes les erreurs, tous les péchés, dans l’Amour de l’Unité.
C’est le Pardon, la vision que tout est bon, qu’il n’y a rien de mal, que tout est parfait.
Il n’existe strictement rien dans l’univers qui ressemble à un péché.
Et lorsque cette Vérité se révèle dans la conscience, un Grand Pardon efface les péchés du monde.
La Conscience profonde impose sa vision sans péché à la conscience superficielle qui, dès lors, ne peut plus voir d’offense nulle part.
Dieu nous pardonne exactement comme nous pardonnons à ce qui nous a offensé.
La poussière ne peut plus s’attacher.
Alors, comme l’expose très clairement le texte tantrique du Chant de l’ascète :
« Il atteint l’Atman suprême qu’il ait ou non maîtrisé ses sens,
« qu’il convoite ou non des biens matériels,
« qu’il agisse ou non.
« Pour le Yogi immergé dans l’Esprit suprême,
« libre de toute dualité,
« il n’y a ni devoir, ni dispense de devoir, ni aucune règle de pureté ».
Telle est la Liberté absolue de la troisième rose.

Bonjour Bernard
J’ai une seule question. Vous parlais de la légende de Houei neng. Ce n’est donc pas la réalité historique?
Guy
Guy, Bonjour,
Eh bien non, pas tout à fait !
Bien sûr, à une époque où les gens n’avaient pas d’ordinateurs et ne savaient donc même pas comment s’y prendre pour envoyer un mail ou un commentaire sur Internet, la réalité historique ne laissait pas beaucoup de traces.
Mais il nous reste la légende ! Cette belle légende qui résume magistralement la différence entre les Voies abruptes et les Voies progressives.
Historiquement, ces deux Voies prirent, en Chine, le nom d’Ecole Houeï-Nêng du Sud et d’Ecole Shen Hsiu du Nord, ou encore d’Ecole de l’Illumination subite et Ecole de l’Illumination graduelle.
Quant aux protagonistes de ce récit, il est probable que, dans la réalité historique, Houeï-Nêng n’était pas si ignorant, et que Shen Hsiu et ses disciples n’eurent pas les comportements caricaturaux que leur ont prêtés les auteurs du T’an-ching.
Il n’en demeure pas moins que la légende illustre à merveille les douloureuses complications que s’impose le moi spiritualisant dans sa recherche d’un Eveil qu’il ne trouvera jamais, et la simplicité par laquelle la Grâce se manifeste.
Le récit nous parle notamment d’un homme qui passa inutilement des années en posture, chez Shen Hsiu, et que la seule rencontre avec Houeï-Nêng suffit à Illuminer.
Dans la réalité, bien sûr, on ne distinguerait pas aussi radicalement entre la pratique laborieuse et la Grâce.
Parce que, comme je le disais dans un des commentaires de l’article sur la Voie abrupte de la semaine dernière, c’est finalement la Grâce qui s’exprime déjà dans le choix d’une pratique ou d’une doctrine.
Et qui continue d’ailleurs de le faire à l’heure où l’on finit par se détacher vis à vis de cette pratique ou de cette doctrine.
Le « mensonge doctrinal » qui déracine le « mensonge mondain » avant d’être à son tour déraciné constitue le passage généralement obligé pour se rendre sensible à l’action directe de la Grâce qui est, ne l’oublions pas, le fonctionnement naturel de notre propre Conscience.
Mais, pour en revenir à notre légende, la dichotomie entre la pratique progressive de Shen Hsiu et l’Illumination Immédiate de la Grâce représentée par la figure de Houeï-Nêng a une vertu pédagogique puisqu’elle rappelle à tous ceux qui croient le contraire – et ils sont nombreux – que c’est bien la Grâce qui illumine, et non la pratique.
Quant au Houeï-Nêng historique, il délivrait selon toute probabilité un enseignement très direct et d’une grande simplicité qui devait trancher sur le verbalisme, l’académisme et l’intellectualisme des autres moines bouddhistes de l’époque.
A tel point que ses sermons étaient écoutés et appréciés du plus grand nombre.
On retrouve une démarche à peu près identique, de nos jours, en Inde, parmi les membres de la Navnath Sampradaya (la Fraternité à laquelle appartenait Nisargadatta).
Ce que ce genre d’approches, et toutes les Voies abruptes, nous enseignent, c’est que la pure Conscience, Vacuité parfaite, est déjà là, ultime spectateur et donc origine de toutes nos expériences, émotions et pensées, si impures puissent-elles paraître aux adeptes des différentes morales religieuses.
Pourquoi donc ne pas préférer s’en remettre directement à cette Conscience, plutôt que de se préoccuper constamment de ce qui n’est pas Elle en tentant d’essuyer la poussière des pensées et des émotions qui se déposerait sur… mais sur quoi, au juste, puisque le moi n’est lui-même que poussière et retournera à la poussière, et que la Conscience est Vide ?
Bernard
Bernard merci,
Pour la poussière que tu dissipes sur mon regard matinal, la spontanéité persiste, elle est partout où on ne l’attend pas.
Mais il est difficile de le faire avaler au gardien du musé des certitudes, il fossilise en quelques secondes des vessies en lanternes, autant d’éclancher une sauvegarde de vide pour maitriser partiellement ses effets dévastateurs.
Pour autant, cette attitude a le mérite des intuitions qui en émanent, et on ne démérite pas d’essayer de s’extraire de la bouillasse dans laquelle on se vautre^^surtout si on le fait avec spontanéité.
Mais combien de parcours indigestes ont jalonnés ce territoire contrariant, sans aucun doute, l’inertie d’essayer de s’extraire de cette condition, produit une réaction inverse^^
Alors on dépose parfois une main courante sur sa conscience, et à chaque fois qu’on écope les coups du sort.
Tout se passe comme si on était victime de soit même, de cette variable ajustable de Consciousness, de ce pacte de stabilité, qu’on essaye d’initialiser dans le fameux moment présent.
La nature de notre réalité est là, dans ce fond commun de liberté, qui ne s’apprivoise pas, par un assortiment de complaisances archaïques.
Tout s’écoule là, devant mon écran, où j’essaye de me surprendre.
Spot bonjour et bienvenue,
La Grâce ne tient à être responsable ni d’un avortement ni d’un accouchement prématuré.
Elle est au coeur de la résistance de l’ego. L’ego est une Grâce. Il sépare pour protéger. C’est une matrice dont il ne convient de sortir qu’à terme.
En attendant le Christ qui viendra comme un voleur, la bonne gestation est faite de gratitude pour cet ego. Il s’est fait reflet de la lumière pour éviter tout aveuglement à l’oeil jusqu’alors plongé dans les ténèbres de l’animalité.
Pourquoi ne pas faire ses premiers pas sur le Chemin de l’Amour en aimant ce reflet ? Certes, l’image qu’il offre au regard est inversée par rapport à la réalité, c’est une image « infidèle », mais il suffit au regard de se retourner pour percevoir, jusque dans l’orgueil le plus égocentrique, l’universelle expression de l’Amour pour le Soi.
De plus, le bruit apparemment déplaisant que fait le mental, et toute la souffrance qui émane du psychisme ne sont que des avertisseurs. Comment ne pas les remercier d’attirer notre attention sur ce qui dysfonctionne ?
Toute impatience ne fait que perturber le sommeil (« Alors, cet éveil, ça vient ? J’ai pas que ça à faire, moi ! »)
Le sommeil veille sur l’éveil. Un bon sommeil est fait de confiance. Un bon éveil aussi.
Seule la caresse (ou, si besoin, la gifle) d’un paradoxe peut dissiper le sommeil et éveiller l’éveil.
Bernard
Bonjour,
Comme il est intéressant de faire le parallèle entre tous ces grands hommes et les légendes. Mais sont-ce vraiment des légendes ?
Le savoir est pour certaines personnes le nec plus ultra mais il génère beaucoup d’obscurantisme.
Danièle de Forme et bien-être Son dernier article…L’art d’utiliser les huiles essentielles au quotidien.
Danièle bonjour et bienvenue,
Il est évident que l’histoire et la légende sont souvent si entremêlés qu’il serait bien difficile de faire le tri.
Mais il est tout aussi évident qu’un tel tri n’est pas absolument nécessaire, spirituellement parlant, dans la mesure où, dans cette perspective, l’histoire peut être vue comme une métaphore au même titre que la légende.
Au bout du compte, nous gagnons effectivement à préférer prendre livraison du mélange « histoire-légende » tel qu’il nous parvient, et à le laisser éveiller en nous ce qu’il doit éveiller.
Bernard
« Vous vous êtes détournés des idoles – c’est la repentance – pour vous tourner vers le Dieu vivant et vrai » (1 Th 1.9).
Le Yom Kippour ( Grand Pardon) provient, comme tu dis de la Grâce de la Repentance. La cible n’est plus manquée !
Vu à partir de Cela, tout est et on peut rajouter, tout est parfait, tout est Grâce, tout est Amour.
Vu à partir de l’ego-centré, il y a des trains (référence à ton ancien article) qui ont des voies où la Grâce, toujours à l’œuvre (??), se fait très, très, très discrète.
Merci pour cet article qui clarifie ma vision des deux Voies.
Bonne journée.
RV
RV Son dernier article…La goutte et l’Océan
Hello RV,
Rien n’est moins discret que la Grâce !
Tu n’as rien d’autre devant les yeux que son constant embrassement.
Mais pour l’ego, elle n’est même pas « discrète ». Elle est « inexistante ».
Ce que l’ego appelle « Grâce » n’est en fait que ce qui arrange les bidons de sa cuisine mentale, ce qui va dans le sens de ses attentes et de sa conception des choses.
L’ego ne voit absolument pas la Grâce. C’est même là ce qui le définit !
Quant aux Voies, progressives ou abruptes, leur responsabilité, dans le temps perdu par le disciple à tourner autour du pot, est très limitée. Ce n’est pas la Voie qui est plus ou moins rapide, c’est le disciple ! Et ce n’est pas non plus la Voie qui choisit le disciple, mais bien le contraire !
Les Voies sont un peu des auberges espagnoles. A la rigueur elles peuvent te proposer un menu, mais c’est bien toi qui amène ta tambouille et qui te mets aux fourneaux.
Aussi, chaque chose est à sa place. Le disciple est engagé dans la Voie qui lui convient, pour la durée qui lui convient, et au rythme qui lui convient.
Et la Grâce, dont le rôle dépasse la seule fonction de réveille-matin au moment de l’éveil, demeure à son poste de chef d’orchestre tout le temps que dure le temps.
Et la Grâce, c’est nous !
Bernard
Bonsoir Bernard,
Je me suis toujours demandée pour certaines personnes battaient leurs enfants… et bien c’était pour les amener à l’éveil. D’où l’expression « qui aime bien châtie bien ».
J’ai beaucoup aimé cette phrase « Ces faits, même s’ils sont souvent un peu exagérés par la légende, démontrent qu’il est spirituellement plus utile de s’installer dans un recul observateur vis à vis de l’ego, que de chercher à l’améliorer. ». Chercher à s’améliorer c’est encore être « centré sur » Soi.
C’est un postulat que l’on trouve aussi en psychologie.
Bonne soirée Bernard
)
( Moi j’aime bien tes histoires, le soir avant d’aller dormir
claire Son dernier article…Comment parler en public?
Ah, Claire, merci de me rappeler des souvenirs aussi délicieux que ceux du temps où ma charmante ex épouse me demandait de lui lire un passage de la Bible pour… l’endormir le soir !
C’est fou ce que les histoires d’éveil peuvent donner sommeil !
A tel point que je me demande si je ne devrais pas commencer à envisager de faire concurrence à notre ami Christian, de Sommeil Infos ?
Je pourrais même me déguiser en gros nounours pour dire de la poésie mystique, entre deux mantras. Et bonne nuit, les petits !
Bon, c’est vrai que c’est moins efficace que les coups de bâton de Ma Tsu… mais c’est tellement plus gentil comme ça !
Bonne soirée à toi aussi
Bernard
En parlant d’histoire, est ce que tu connais celle là, appelée « Gourou barbare ? »:
« Un jour, un homme se rendit chez le maître soufi Bahaudin. Il cherchait de l’aide afin de résoudre ses problèmes et souhaitait être guidé sur « la voie ».
Bahaudin lui ordonna d’abandonner toute velléité spirituelle et de partir immédiatement. Un visiteur compatissant se permit de formuler des reproches à l’égard du maître.
« Je vais te montrer quelque chose », lui dit Bahaudin.
Un oiseau venait d’entrer dans la pièce. Il voletait affolé, se cognait partout, se blessait et s’épuisait en vain.
Le maître, immobile, l’observait. Finalement, l’oiseau se posa, pantelant, non loin de la fenêtre ouverte. Bahaudin frappa vigoureusement dans ses mains.
L’oiseau sursauta et s’échappa d’un seul trait par l’embrasure de la fenêtre.
« Pauvre petit oiseau, il vient de subir le choc de sa vie. Il doit me trouver barbare. Qu’en penses-tu ? », dit Bahaudin en se tournant vers le visiteur ».
Bonne journée
RV
Disons aussi que les oiseaux orientaux font souvent passer l’efficacité avant le confort… choix que ne partagent que rarement les oiseaux occidentaux.
Quoi qu’il en soit le Gourou n’est effectivement ni gentil ni barbare. Il est simplement adapté (et le mot est faible).