Hypnose et éveil
juin 29
« Chaque fois que nous voyons des objets, nous rêvons », disait H.W.L. Poonja.
Pour Stephen Jourdain, « l’éveil, c’est s’éveiller en sursaut, au beau milieu de l’état vigilant, comme si cet état vigilant n’était en réalité que sommeil et rêve ».
Ramana Maharshi, pour sa part, enseignait que la Voie spirituelle a « pour seul but de déshypnotiser l’individu »…
La plupart des Maîtres orientaux ou occidentaux estime que l’état de conscience habituel est comparable à une sorte de sommeil, ou, pour reprendre les termes, plus littéraires, de Stephen Jourdain à « une syncope de la faculté de Conscience ».
Peu importe, d’ailleurs, les termes employés, le message est simple : l’état de veille s’apparente en réalité à une hypnose qui peut fluctuer mais dont ne sort pratiquement jamais.
Et voilà pourquoi on emploie le mot « Eveil » lorsqu’on veut désigner la réalisation spirituelle.
Une réalisation qui ne consiste donc finalement qu’en une émergence hors de l’hypnose commune.
L’éveil n’est pas un état non ordinaire de conscience au sens spectaculaire du terme.
La Conscience réelle a toujours été là, et n’émerge donc pas vraiment.
Elle se débarrasse juste des diverses illusions dont elle s’encombrait habituellement.
Pour reprendre ce terme d’émergence, stricto sensu, tout ce qui peut « émerger », dans l’océan d’illusions, est plutôt du domaine de l’hypnose.
Émergent constamment d’autres formes d’illusion ou d’autres états de conscience, dits « non ordinaires ».
Des « hypnoses ».
Pratiquée par les hypnothérapeutes, ce que l’on appelle généralement « l’hypnose » ne consiste en réalité qu’à opérer des changements dans l’état de « rêve vivant » dont on ne sort jamais.
On ne l’appelle « hypnose » que parce qu’elle semble différente du prétendu état de veille de la conscience ordinaire.
Mais tout l’art de l’hypnotiseur ne réside que dans le pouvoir de faire émerger d’autres états de conscience, d’autres états d’hypnose… et non pas d’hypnotiser !
Si l’hypnose est un état tout à fait habituel que nous ne quittons pratiquement jamais, l’hypnotisme n’est donc qu’un des nombreux moyens de faire fluctuer cet état.
Un film, un livre, un travail passionnant sont tout à fait capables d’approfondir cet état hypnotique de base, et de nous plonger dans une transe plus ou moins équivalente à celle qui pourrait être induite pendant une séance d’hypnotisme.
Erickson avait coutume d’illustrer la question de l’hypnose quotidienne, en se servant de l’exemple de l’automobiliste qui, passionné par la conversation avec sa jolie passagère, « avait conduit avec prudence, mais ne pouvait pas se souvenir d’avoir traversé cette partie de la ville, parce qu’il était tellement absorbé.
« D’une certaine façon, il était en train de conduire sa voiture à un niveau inconscient, tout en dirigeant son attention consciente vers la conversation ».
Milton Erickson
D’autre part, l’hypnose des thérapeutes n’a rien de très définie.
Tout au contraire, il semblerait qu’il n’y ait pas une mais des hypnoses.
Les transes antiques n’ont évidemment rien à voir avec l’hypnose moderne.
De la même manière, le magnétisme de Mesmer n’est pas l’hypnose classique du début du 20ème siècle, qui n’est pas non plus la nouvelle hypnose d’aujourd’hui, tout comme l’hypnose américaine n’est pas l’hypnose française…
Plus encore, on sait que la nature de l’hypnose peut changer du tout au tout en fonction de l’hypnotiseur et, bien sûr, de l’hypnotisé.
Sans parler des distinctions que l’on fait entre les différentes profondeurs de la transe hypnotique, ou entre les divers états hypnotiques comme la léthargie ou la catalepsie…
Chaque école, chaque auteur a, naturellement, établi une liste des signes distinctifs de l’état hypnotique.
Mais, à la confrontation de ces listes, l’hypnose semble, en définitive, difficilement réductible à un nombre clairement déterminé de dénominateurs communs.
Bref, l’hypnose pourrait bien n’être qu’un mensonge, une illusion, une escroquerie mentale…
Et il n’y aurait alors d’autre état hypnotique que celui consistant à se croire hypnotisé, quel que soit le sens que l’on donnerait à ce mot.
C’est, en tout cas, une des théories existantes.
On retrouve pratiquement le même problème avec la notion d’Eveil spirituel.
Il serait faux de prétendre, par exemple, que le Sahaja Nirvikalpa Samadhi des Hindous et le Grand Satori des Japonais se définissent de la même manière.
Si bien que certains Maîtres enseignent tout simplement qu’il n’y a pas d’Eveil, que ce n’est qu’un concept.
D’autres encore affirment que nous sommes tous éveillés et qu’il n’y a pas d’effort à faire pour atteindre ce qui est déjà là.
Tout cela est concept.
« Je suis éveillé » et « Je suis hypnotisé » sont aussi illusoires l’un que l’autre.
Ils font tous deux apparaître des phénomènes psychiques (ou quelquefois parapsychiques) ratifiant des changements d’état de conscience.
N’oublions jamais l’édifiante légende de ce disciple qui se ramassa la plus belle baffe de toute l’histoire la spiritualité après être venu, un beau matin, annoncer à son Maître : « Je suis éveillé » !
« Je suis éveillé » est évidemment la racine de « Je suis hypnotisé ».
L’hypnose de base demande toujours à être ratifiée.
Quelle qu’elle soit, l’hypnose ne se construit que sur la ratification des états qu’elle est censée produire.
Dans le système ericksonien, par exemple, on n’approfondit l’hypnose qu’en poussant le sujet à la ratifier.
Pour ce faire, on lui suggère des expériences inhabituelles qui lui donnent une impression d’étrangeté, ou on lui demande de produire un signe quelconque indiquant qu’il se trouve bien dans un état inhabituel.
Ce signe ratifiant l’hypnose, le Christianisme l’appelle « scandalon », le piège spirituel verrouillant la conscience dans son illusion.
C’est pourquoi l’auteur de l’évangile met en garde celui par qui le scandalon arrive.
Tous les Maîtres spirituels attirent l’attention de leurs disciples sur ces manifestations psychiques inhabituelles, et insistent sur l’importance de ne pas s’y arrêter et surtout de ne pas se croire arrivé dés le premier élargissement du champ de conscience.
Ce genre d’avertissements a été prodigué depuis toujours par les vrais prophètes.
Et, si cela n’a jamais empêché les faux de se tromper et de tromper les autres, c’est qu’une confusion existe entre le véritable Eveil, dont personne ne peut rendre compte, et cet éveil tellement à la mode aujourd’hui.
Répétons-le donc une fois de plus : personne, bien sûr, ne peut s’éveiller puisque la personne n’est qu’hypnose, une hypnose qui rêve de l’éveil et qui, quelquefois, finit par rêver l’éveil.
En Réalité il n’y a ni hypnose, ni éveil, ni chemin, ni rien…
Mais dans l’illusionnement propre à l’hypnose de base, il y a bel et bien hypnose et éveil.
D’où l’intérêt de manipuler ces deux concepts jusqu’à ce qu’ils s’annihilent réciproquement.
C’est en tout cas ce que firent de nombreux Maîtres spirituels, comme Ramana Maharshi qui admettait des techniques d’ordre hypnotique comme préalables indispensables à la voie spirituelle, suggérant ainsi que l’hypnose serait le seul moyen de parvenir à la déshypnotisation.
Hypnos, dieu du sommeil, est fils de Nyx, la nuit.
De la même manière, l’hypnose dans laquelle nous sommes immergés, ce sommeil de l’âme, ce non-éveil au Réel, est fille d’Avidya, l’ignorance ontologique qui règne sur le mental égocentré et dualiste.
Et c’est ce mental, hypnose de la Conscience, qui, fasciné – pour ne pas dire ébloui – par la relation qu’il suscite et entretient entre les deux termes des antagonismes conceptuels qu’il crée, aveugle la Vision directe.
C’est ce mental qui, dissociant constamment la conscience en « conscient » et « inconscient », ensommeille la lumineuse Unité du Réel.
C’est ce mental qui, égaré dans le dédale de ses niveaux de conscience, installe la confusion au cœur de toute expérience.
On l’a vu dans l’exemple, donné par Erickson, du conducteur partagé entre la route et la conversation avec sa jolie passagère : l’hypnose est un état de décalage conscientiel dont l’induction est obtenue par fascination et dont l’approfondissement procède par dissociation des activités conscientes et inconscientes.
Cette dissociation, elle-même, repose sur un processus confusionnel.
C’est toujours par la confusion que l’on passe d’un état de conscience à un autre, comme celui de la veille au sommeil.
C’est toujours la dissociation des activités conscientes et inconscientes qui autorise la confusion des niveaux de conscience grâce à laquelle le passage peut s’effectuer.
Une des techniques de base, en hypnose ericksonnienne, consiste à suggérer au patient que l’un de ses états conscients peut parfaitement coexister avec tel ou tel état inconscient qui l’entraîne progressivement vers l’hypnose.
Ce type d’infléchissement insidieux de la tendance consciente vers un état de conscience différent sera d’autant plus efficace s’il s’appuie sur le protocole extrêmement confusionnel de la double dissociation, en suggérant qu’un état conscient coexiste avec un état inconscient pendant qu’un autre état inconscient se mélange à un état conscient.
Là, en général, personne ne comprend plus rien à rien et… la vigilance s’effondre.
Ainsi, c’est à l’aide de techniques semblables que l’on peut, non pas fabriquer de l’hypnose, mais approfondir l’état hypnotique de base.
Autant dire que ces techniques ne font que s’appuyer sur, et amplifier, le mécanisme habituel par lequel le mental emprisonne la conscience dans le rêve vivant de l’expérience.
Le passage de l’état de veille à celui du rêve nocturne, même s’il n’est pas orchestré par un hypnotiseur, fonctionne aussi sur le modèle de la double dissociation.
Une impression inconsciente s’insinue parmi les perceptions conscientes pendant que des perceptions conscientes glissent dans le royaume des impressions inconscientes.
Et vous vous endormez.
Pour finir, c’est encore le même processus qui est à l’œuvre dans nos différentes activités diurnes.
Ou, tout au moins, dans la conscience que nous en avons.
Tout d’abord, nos pensées, si rationnelles qu’elles puissent paraître, sont conditionnées par différentes imprégnations inconscientes.
Que sont ces imprégnations ?
Des traumatismes anciens, par exemple, qui, en raison même de la douleur à laquelle ils sont associés, provoquent automatiquement des dissociations extrêmement intenses entre ce que l’on déteste et ce que l’on aime.
Ce sont là des dissociations dramatiques et formidablement répandues, à la faveur desquelles le glissement du contenu inconscient vers les objets extérieurs vous fait vivre constamment dans le fantasme, en dehors de la réalité.
Avec vos semblables, le refoulement des sentiments imposé par la société pervertit totalement le ressenti authentique que devrait susciter la rencontre.
Dès lors, la relation prend l’aspect d’un jeu de falsification se déroulant au moins sur deux niveaux :
un premier, explicite, réglé par des conventions,
et un second, implicite, où s’exprime, généralement de manière non verbale, une partie des sentiments refoulés.
Et c’est donc à travers un jeu plus ou moins complexe de signes glissant de l’implicite vers l’explicite, et inversement, que vont se façonner de bien étranges relations humaines.
Ce jeu, malheureusement, n’autorise jamais la communion.
Il ne peut être ici question que de se projeter soi-même ou de créer une image de l’autre sous les feux aveuglants de la fascination qu’exerce le concept d’altérité.
En fait, la simple dissociation entre sujet et objet suffit, en elle-même, pour entretenir la plus grande illusion qui soit : celle d’être un individu séparé, isolé, un ego.
Ainsi, toute relation entre un supposé « moi », représentant la partie consciente, et un supposé « autre », représentant la partie inconscientisée, constitue une manipulation confusionnelle où ce qui appartient à l’un passe à l’autre, et réciproquement, dans un échange d’autant plus satisfaisant pour tout le monde qu’il ratifie l’idée qu’une personne est bien une entité séparée.
Tout comme le feu peut être combattu par le feu, tout comme une épine peut aider à en extirper une autre de la chair, l’hypnose peut contribuer à guérir de l’hypnose.
Si le moi-mental est une hypnose de la conscience et qu’il faille, ainsi que le proposent les Sages, le stabiliser, le calmer, l’endormir, afin qu’il devienne transparent et ne fasse plus obstacle à la conscience du Réel, autant dire qu’il faut hypnotiser l’hypnose.
Il faut apaiser le rêve jusqu’à ce que sa dissolution, et par conséquent l’éveil, puissent survenir sans effort, spontanément.
Mazu, l’un des plus célèbres Patriarche du Tch’an, avouait que l’essentiel de son enseignement consistait à « faire cesser les pleurs du petit enfant ».
L’hypnose, induit non seulement une relaxation mais une régression, nous rapprochant de la naissance et du traumatisme qui s’y rattache et dans lequel s’enracine la majeure partie de nos problèmes.
En permettant au moi de revivre, même partiellement, ce qui l’explique originellement, la plupart des méthodes initiatique sont des hypnoses préparant la déshypnotisation.
Comme aux temps anciens des transes rituelles, certaines techniques dites « méditatives » sont capables de servir à un élargissement de la conscience.
On a vu dans un article précédent que le Mandala, ce fascinant dessin circulaire, en apaisant le regard, était chargé d’apaiser la conscience.
De la même manière, le Mantra, par sa répétition, provoque une sursaturation de certains circuits de neurones, s’apparentant tout à fait à l’hypnose.
Au-delà de son aspect hypnotique, bien sûr, la ferveur du pratiquant fait toute la différence. Mais son premier effet, préliminaire, reste hypnotique.
Il en va ainsi de tous les enseignements, de toutes les paraboles des écrits sacrés, de tous les rituels, de toutes les techniques de prière ou de méditation, tous relèvent de l’hypnose.
Ils appartiennent totalement au monde du sommeil de l’âme et sont, par conséquent, incapables d’éveiller.
Mais ils offrent un cheminement préparatoire ou, comme le disait le Baptiste « aplanissent le sentier pour le Seigneur ».
Une fois cela fait, il ne reste, bien entendu, qu’à sacrifier Jean-Baptiste, qu’à détruire le Mandala, qu’à tuer les maîtres et à oublier les enseignements et les systèmes de méditation pour laisser l’hypnose ontologique se dissoudre et le rêveur s’éveiller.

Bonjour Bernard,
Vous dites :
De la même manière, le Mantra, par sa répétition, provoque une sursaturation de certains circuits de neurones, s’apparentant tout à fait à l’hypnose.
Dans mon expérience, je reconnais ce phénomène mais par rapport aux définitions de l’hypnose classique et ce que j’ai pu survolé de ce phénomène, il est une dimension vibratoire qui, semble amener des effets sensiblement différents.
Chez moi, les mantras apaisent ce que vous appelez le mental égocentré oui, mais ont également des effets plus bien plus directs que dans l’hypnose (où finalement, c’est le mental de l’hypnotiseur qui conditionne l’état de conscience recherché).
Mon expérimentation récente des effets vibratoires par les mantras, a, à mon sens, ceci de différent que, ne passant pas par du signifiant, le phénomène de « conscientisation » remonte par les sensations physiques puis les émotions pour enfin faire émerger le trauma associé qui polluait le mental alors que dans l’hypnose thérapeutique classique, elle semble se réaliser plus directement par le trauma associé.
De plus, dans l’hypnose classique, la « manipulation » du sujet hypnotisé est apparemment rendue possible avec tous les dangers que cela induit. Comme s’il y avait un perte de conscience du réel.
J’ai l’impression que la différence est de taille entre ces deux « techniques » mais je n’arrive pas bien à l’appréhender en terme de processus.
Auriez-vous la gentillesse de m’éclairer sur cette question ?
Coralie bonjour,
Oui, bien sûr, l’effet hypnotique-répétitif du Mantra n’est qu’un aspect.
Et, comme je le disais dans l’article :
J’avais par ailleurs amplement développé la question de la ferveur mantramique dans un autre article consacré à Ramdas.
Mais, si j’ai bien compris, c’est plutôt l’aspect vibratoire du Mantra qui vous intéresse.
Ce qui est encore une autre question.
Car il est important de bien distinguer entre :
- la relaxation-concentration induite par la répétition de type « hypnotique », qui constitue en quelque sorte une phase « préparatoire », une mise en condition,
- et le « pont vibratoire » que le Mantra jette entre les différents niveaux de conscience.
Une fois que la répétition s’est bien installée, que votre esprit est relaxé et concentré sur le Mantra, le « travail » vibratoire peut commencer.
Comme le disait Erickson lui-même, l’hypnose n’a aucune espèce d’importance. C’est ce que vous faites avec l’hypnose qui est important.
De toute façon, l’hypnose, comme je le dis dans l’article ci-dessus, n’est pas un état spécifique.
Il existe toutes sortes de transes, de profondeurs de transes, de protocoles hypnotiques, d’écoles et surtout d’hypnotiseurs et d’hypnotisés qui vivent des choses tout à fait individuelles.
Je n’ai personnellement jamais pratiqué l’hypnose classique. Je suis passé directement de la relaxologie de type Schultz à l’hypnose ericksonnienne. Mais je puis néanmoins vous assurer que ce que vous appelez « une différence de taille » entre différentes techniques concerne « ce que vous faites de l’hypnose » et non cet état prétendument particulier que l’on appelle « hypnose » ou « transe » et qui, en réalité, n’existe pas en tant que tel.
C’est la façon dont un sujet manipule, seul ou avec l’aide d’un tiers, son concept d’hypnose qui détermine l’expérience dite « de conscience altérée ».
Le concept de transe est évidemment ethno-culturel et résulte donc, lui-même, d’une manipulation mentale transgénérationnelle s’étalant sur des décennies ou des siècles.
Et lorsque vous appliquez une méthode « venant d’ailleurs », vous manipulez votre concept de « transe » de manière différente et vous vivez une expérience différente.
Mais cette « cuisine mentale » vous est propre. Je vous assure qu’avec la même technique, un aborigène d’Australie, un Inuit et un Coréen n’auront pas du tout la même expérience. Probablement pas plus que vous-même et votre voisin de palier.
Cela étant, au-delà de cet aspect hypnotique, il y a effectivement l’autre composant du Mantra : la vibration.
Celle-ci, à condition d’être parfaitement connue et maîtrisée, va agir sur certaines zones du corps (généralement au niveau des Chakras), mettre en mouvement des énergies, produire des effets divers…
Là encore, l’expérience variera selon les individus, mais il est primordial, pour que cette expérience ne sombre pas dans l’anarchie, de bien savoir quel Mantra convient à quel objectif, quelle sonorité agit sur quel Chakra ou met en mouvement quelle énergie, montante ou descendante, ou encore produit quelle stimulation ou favorise quelle visualisation.
Il ne s’agit naturellement pas de provoquer volontairement tous ces effets mais de savoir qu’ils peuvent se produire et, le cas échéant, de les observer dans le calme induit par la répétition ou toute autre technique d’induction, comme par exemple le chant harmonique… auquel je consacrerai l’article de demain (je fais ma pub).
Bernard
Merci Bernard pour toutes ces précisions. Sujet passionnant !
Bonjour Bernard,
J’ai déjà consulté une hypnothérapeute ericksonienne. Elle n’a jamais été capable de m’hypnotiser, malgré ma collaboration (consciente en tout cas). Cela a-t-il une signification particulière?
Merci,
Véronique
Véronique bonjour,
Pour dégager une signification particulière, il faudrait que je sois en possession de beaucoup, beaucoup plus d’informations.
Je ne puis donc que vous proposer l’hypothèse la plus probable qui me vient à l’esprit, sans vous assurer pour autant que ce soit la bonne, à savoir, tout simplement, que votre hypnothérapeute était insuffisamment formée.
En France et de nos jours, il peut en effet suffire de quelques stages de week-end pour se bombarder « ericksonnien ».
Jeffrey Zeig (qui fut mon formateur dans les années 80, et qui était lui-même le « disciple bien-aimé » d’Erickson) me disait qu’il lui avait fallu 12 ans auprès du maître pour devenir hypnothérapeute ericksonnien.
Il y a donc « ericksonnien » et « ericksonnien ».
Du point de vue d’Erickson, tout le monde est hypnotisable… avec l’hypnose ericksonnienne.
Car le principe de cette méthode n’est pas, comme dans l’hypnose classique, d’appliquer un protocole préétabli, mais d’utiliser le profil psychologique du patient pour l’hypnotiser.
Ici, le protocole, c’est le patient qui l’indique par son comportement !
L’hypnose ericksonnienne est une espèce d’art martial mental où le résultat ne dépend que de la « force » développée par « l’adversaire », et non de la sienne propre.
Mais pour réussir cela, il faut posséder une science consommée de la psychologie… qui ne s’acquiert pas en deux week-ends !
Erickson, lui-même, n’a jamais connu d’échec.
Il lui arrivait cependant de rencontrer des patients particulièrement résistants, mais il trouvait toujours moyen de contourner ces résistances.
Une fois, par exemple, il a dû hypnotiser un patient B… pour qu’il aille hypnotiser un patient A qui résistait, non pas à l’hypnose, mais à Erickson.
Ceci vous fait bien comprendre qu’il n’y a pas seulement des résistances à l’éveil… mais aussi à l’hypnose !
L’humain est un animal qui peut parfois manquer de souplesse, mais pas de résistance. C’est peut-être même bien le plat de résistance du bon Dieu !
Toujours est-il que plus le patient résiste, et plus l’hypnothérapeute doit être bon.
Moi-même, j’ai réussi ma première séance d’hypnose (classique) à l’âge de 10 ans… sur la personne de ma petite soeur qui a toujours été une personne dite « à haute hypnotisabilité » (5 à 10% des populations sont dans ce cas de par le vaste monde).
Donc, hypnotiser une personne à haute hypnotisabilité est un jeu d’enfant. Le premier « truc » des hypnotiseurs de spectacle consiste d’ailleurs à les repérer dans une salle. C’est quand même plus facile comme ça.
Mais s’il existe des personnes hypnotisables, il en existe aussi des « résistantes ».
Un « extraverti rationnel » sera par exemple en général plus résistant qu’un « introverti irrationnel ». Mais il existe évidemment beaucoup d’autres profils psychologiques (ou de traumatismes particuliers) susceptibles d’entraîner des résistances plus ou moins importantes.
Cela dit, la première cause de résistance à l’hypnose, c’est tout simplement… la résistance au concept d’hypnose.
Il peut quelquefois suffire de parler de « relaxation » au lieu « d’hypnose », pour réussir à hypnotiser les « résistants à l’hypnose ».
Bref, répétons-le : il n’existe ni ego, ni hypnose, ni éveil…
Il n’existe que des concepts.
Manipuler les concepts, je l’appelle « hypnotiser ».
Et l’on peut hypnotiser :
- soit pour éveiller,
- soit pour endormir.
Toute l’histoire de l’humanité !
Bernard
Bonjour Bernard,
Merci beaucoup, très intéressant. Est-ce que l’auto-hypnose peut être une alternative intéressante?
Bonne semaine,
Véronique
Bonjour Véronique,
Avec l’auto-hypnose ou l’auto-relaxation vous évitez évidemment le problème de la résistance à un hypnotiseur extérieur.
D’un autre coté, les résultats ne sont pas toujours aussi satisfaisants qu’avec un hypnotiseur… si bien qu’on conseille souvent d’avoir recours à un hypnotiseur, dans un premier temps, afin qu’il mette en place des signes-signaux qui s’avéreront très utiles, dans un second temps, pour pratiquer l’auto-hypnose chez soi.
Bien sûr, là… on se retrouve avec le même problème de résistance à l’hypnotiseur.
Cela dit, il existe énormément de techniques d’auto-hypnose parmi lesquelles vous en trouverez peut-être quelques unes qui vous conviendront mieux que d’autres.
Mais, au bout du compte, si vous éprouvez des difficultés avec l’hypnose, peut-être est-ce parce que cette discipline ne vous convient pas vraiment.
A commencer par les méditations, il en existe d’autres auxquelles vous pouvez aussi penser…
Bernard
En parlant d’hypnose, j’aime bien l’histoire que Wayne Liquorman, disciple bien-aimé de Ramesh Balsékar (voir article précédent d BK) raconte:
« Un hypnotiseur de spectacle prend une personne au hasard dans le public et après avoir utiliser son art, lui suggère qu’à son réveil il verra son pantalon en feu.
L’homme se « réveille » et croit donc que son pantalon est en feu, sous les rires de public moqueur(côté comique de la maya!). Affolé, il essaie d’éteindre, par différents moyens, ce feu imaginaire( mais qui pour lui est bien réel). Il se roule par terre, vide un seau d’eau,…Mais rien n’y fait, le pantalon est toujours en flamme. Il commence à désespérer. Les tentatives diverses se soldent toutes par des échecs. Avec le temps, sa panique se calme un peu et il commence à s’asseoir. Il constate que le pantalon est toujours en feu mais qu’il n’y a en fait aucune douleur. Son mental s’apaise. Enfin, l’hypnotiseur revient vers lui et d’un claquement de doigts le sort de sa vision. »
Fin de l’histoire qui résume bien le processus de l »Éveil ».
Après cette histoire, une réflexion me vient sur les deux visions opposées (en apparence)à propos de l’Éveil:
-une vision janséniste voir protestante,celle aussi de Ramesh où tout dans la vie du corps-mental est prédéterminé, même la sortie de l’illusion d’être l’acteur de ses actes. L’ Éveil est prédéterminé (le film est déjà tourné) pour un nombre réduit d’élus (les faits semblent donner raison à ce concept).
-une vision jésuite, voir catholique où l’Éveil est pour tous (Mr Bernard K est de cet avis, car pour vous la Grâce est un grand aspirateur qui rappelle à elle toutes les poussières (je cite de mémoire un de vos article)).
Force est de constater que peu d’organismes psychosomatiques sortent de l’hypnose divine. mais je suis encore dans la quantité et l’idée de la sortie du rêve fait encore partie du rêve , comme dit Nisagardatta…….
Bonne journée.
RV
RV Hello,
C’est là que je mesure douloureusement à quel point il me reste des progrès à faire avant de parvenir à faire passer ne serait-ce que l’essentiel de mon divin message !
Et à quoi ça sert que Mr Saddhu y se décarcasse à répéter « Maya » en désignant le monde, « Maya » en se désignant lui-même, et enfin « Maya » en désignant le ciel ?
Car même le « ciel », c’est à dire, entre autres, tout ce que racontent les éveillés, est illusion !
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La certitude
Alors, question : face à ce « Tout est illusion » qui est tout de même censé fonder la spiritualité, le bon Dieu aurait-il eu la bonté de nous ménager une petite enclave de réalité dicible avec des formules comme « l’Éveil est prédéterminé » ou « l’Éveil est pour tous » ?
Si c’est le cas, le plus dur va être de choisir entre ces deux formules en fonction de nos préférences personnelles.
Admettons par exemple que l’on choisisse « l’éveil est prédéterminé ».
On va donc croire que l’on tient là une réalité. Le seul truc dans tout l’univers sur lequel on puisse s’appuyer avec certitude. Le seul truc qui fasse exception au « tout est illusion ».
Quelle chance de l’avoir trouvé !
Et paf ! C’est comme ça qu’on passe directement de la spiritualité à la religiosité. On loupe le coche du « ni ceci ni cela » libérateur d’illusion. Et, du coup, on ferme la porte à l’éveil ! Et après on se dit que c’était prédéterminé.
Pareil, bien sûr, pour l’autre proposition : « l’éveil est pour tous ».
Sauf que là, on va finir par s’arranger à comprendre qu’il n’y a plus qu’à attendre béatement que Monsieur soit servi.
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La volonté divine
Jamais, jamais « l’éveil est pour tous » n’a été mon avis !
L’éveil n’est évidemment que pour ceux qui en veulent. Pas avec leur volonté d’ego, mais avec leur volonté totale. Cette volonté totale que certains, sans doute par lyrisme ou alors pour bien désolidariser leur ego du bon Dieu, appellent « la Volonté divine ».
Loin d’être la volonté de ce « quelqu’un d’autre qu’on appelle Dieu », la volonté totale est celle du « je ne peux pas faire autrement ».
C’est ça, le libre arbitre ! Ne pas pouvoir faire autrement. C’est ça, ma volonté « divine ».
Par souci de pédagogie disons donc qu’il y aurait deux volontés (qui n’en font qu’une) :
- Ma volonté personnelle, déterminée dans ses choix illusoires.
- Ma volonté divine, c’est à dire mon libre arbitre, sans choix possible.
Mais il est bien évident que ma volonté personnelle fait partie de ma volonté totale… en tant que parasite.
Je n’ai donc qu’une volonté totale, « divine », parasitée ou non.
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Interdit d’éveil
Quant à l’éveil, il n’est donc ni pour ceux qui n’en veulent pas, ni pour ceux qui en veulent avec leur volonté d’ego. Ces deux cas de figure enferment les individus concernés dans la prédétermination : « non les gars, vous n’êtes pas sur la liste des éveils autorisés ! »
En revanche, l’éveil est pour tous ceux qui usent-non-usent du libre arbitre consubstantiel à leur volonté totale.
Seule cette volonté totale permet de jeter à la corbeille la liste fatidique des malchanceux « interdits d’éveil ».
Parce que tant que la volonté reste molle et conflictuelle, tant que le oui n’est pas un oui oui et le non un non non sans ego, la Maya projette une pseudo réalité conforme aux croyances des individus et des groupes.
La volonté molle, c’est la croyance !
Il est donc indispensable d’être fermement déterminé à échapper au déterminisme.
Sinon – pour reprendre le vocabulaire des adeptes de la loi de l’attraction – l’univers tout entier converge pour confirmer notre croyance en ce déterminisme.
Et, prisonnier de nos propres projections, nous constatons sans le savoir l’expression de la grande synchronicité existentielle, et nous disons :
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La contradiction, apprentissage du paradoxe
Et puis… n’oublions pas non plus que, de toute façon, l’éveil n’est pour personne.
Et que l’éveil n’existe pas, etc.
Tout cela est à prendre en compte, en même temps.
Le mental dualiste, lui, tient absolument à faire sienne l’une ou l’autre de ces formules prétendument exclusives. Parce qu’il fonctionne comme ça. Parce que c’est comme ça qu’il éjecte l’éveil.
Ce que je me suis efforcé de dire, et cela avant même de contredire, c’est que le mental devait se libérer de cette habitude de croire à l’une ou l’autre de ces formules.
Parce que ça, il peut le faire !
Ça, c’est encore de son ressort !
Ça pourrait être son « apprentissage » du paradoxe. Sa mise en condition pour accueillir la dissolution de son fonctionnement dualiste.
Il n’est pas fait pour transcender le paradoxe, mais il peut se fatiguer à vitesse grand V en essayant de faire cohabiter les concepts antagonistes.
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L’unité des opposés
Plutôt que de passer sa vie à s’arracher les cheveux en se demandant s’il vaut mieux croire au libre arbitre ou au déterminisme, pourquoi ne pas commencer à se se demander d’où viennent ces deux concepts antagonistes ?
Ce qui est bête et méchant, c’est que ces concepts antagonistes ne sont antagonistes qu’en tant que concepts, que dans le mental.
Car, dans la vraie vie, le « libre arbitre » et le « déterminisme » ne vont, en fait, jamais l’un sans l’autre.
D’où cette réflexion pertinente :
Opposées en apparence !
C’est ça que le mental ne peut et ne veut pas comprendre.
Pourtant, c’est lui qui les a opposées et séparées. Il devrait donc au moins le savoir, s’en souvenir.
Si ces deux termes existent, c’est bien parce que le mental les a inventé. En fait, plus exactement, le mental n’invente pas vraiment. Il interprète des perceptions.
Il a donc bien fallu que, tout en les séparant de manière duelle en des concepts opposés, il perçoive quelque chose qui lui fasse penser à du « libre arbitre » et à du « déterminisme » dans le fonctionnement de l’univers et des êtres qui l’habitent.
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La mystérieuse copulation
Errare humanum est : une première erreur a été de séparer en deux ce fonctionnement.
Perseverare diabolicum : la seconde erreur à été de s’attacher à l’un des concepts en rejetant l’autre.
Malgré cette double erreur, toute la manifestation demeure le fruit de la copulation mystérieuse de ces antagonismes apparents : le « libre arbitre » et le « déterminisme ».
Hélas, chacun pris séparément est réduit par le mental à une mécanique spirituellement stérile et donc psychologiquement génératrice de névroses (position paranoïaque pour le libre arbitre ; et position dépressive pour le déterminisme).
Alors qu’ensemble, ils sont la vie !
Pourquoi incarcérer son esprit dans l’un ou l’autre ?
Pourquoi ne pas assister à chaque instant à la sublime copulation transparadoxale ?
Pourquoi, surtout, ne pas réaliser à quel point le mental écrase le Mystère sous son totalitarisme ?
Le splendide Mystère d’une crucifixion de chaque instant, où un libre arbitre vertical croise un déterminisme horizontal pour faire jaillir l’éveil que nous sommes de toute éternité.
Bernard
« Pourquoi ne pas assister à chaque instant à la sublime copulation transparadoxale ? »
Oui, pourquoi, cher BK?
(La rose n’a toujours pas de pourquoi et c’est pour cela qu’elle est toujours aussi belle.)
Merci cher BK pour votre longue et magistrale réponse.Et pardonnez moi de vous avoir mis dans le même panier que les jésuites!!
RV
Nos deux « pourquoi » n’ont pas le même sens, mon cher RV !
Le « pourquoi » dont la rose est dépourvue invoque une cause, une raison raisonnable, voire un mode d’emploi.
Le « pourquoi » du « pourquoi ne pas assister… » est simplement une invitation gratuite, donc commercialement hautement déraisonnable.
Alors, s’il est clair que le Mystère de la beauté de la rose réside dans le sans cause, il devrait être aussi évident que Celui de la Vision de la « sublime copulation » est également à lui-même sa propre raison d’être.
Seuls le « déterminisme » et le « libre arbitre » ont des pourquoi.
Le spectacle de leur copulation, lui, reste virginal.
Bernard