Aurobindo (1) – L’humanité prochaine
juil 15
Si ce n’est le déluge, qu’y aura-t-il après nous ?
Avant, il y avait le « singe ». Et certains d’entre nous, sans aller jusqu’à taxer de simiesque une espèce pourtant aussi dangereusement dominée par l’ego que la nôtre, attendent malgré tout l’arrivée de l’Homme.
Alors, si nous ne sommes que « le chaînon manquant », la naissance de l’humanité est-elle prochaine ?
« L’espèce du Soi » succèdera-t-elle à « l’espèce de l’ego » ?
Avons-nous aujourd’hui la moindre certitude que la mutation soit en train de commencer à se produire ?
Et si ce n’est pas le cas, la crise systémique actuelle laissera-t-elle à nos violences le loisir de jouer les prolongations pendant encore quelques siècles ou millénaires ?
En cette époque où l’on suspecte l’avenir d’être « avec spiritualité ou sans futur », ces questions peuvent angoisser certains.
Mais il est probablement beaucoup plus judicieux de les aborder en toute sérénité.
Car il n’est finalement ici question que de spiritualité !
Voilà des millénaires que « ceux qui devancent » – c’est-à-dire les « éveillés » – préparent la venue du Messie.
Débarrassons-nous peut-être sans attendre des interprétations relevant de la religiosité, et précisons que le « Messie » n’est pas quelqu’un.
En simplifiant, mais sans trahir la Tradition profonde, disons que le Messie est une mutation dans la conscience collective.
Et cet éveil collectif de l’ensemble – ou, plus probablement, d’une partie significative – de l’actuelle espèce humaine ne peut qu’être la résultante de la percée, dans la conscience, des nombreux éveils « individuels » du passé.
Le Messie est comme une fleur majestueuse s’épanouissant en quelques heures un beau matin, après des mois d’une laborieuse évolution qui transforma un pauvre brin d’herbe en une tige ingrate et chétive, puis en cette splendeur.
La sève d’éveil qui monte dans cette tige, dont chaque cellule fut un éveillé au cours de l’histoire, est évidemment destinée à nourrir la fleur.
Mais il est des boutons qui n’éclosent jamais.
A ce tournant de notre histoire, ainsi qu’en témoigne Satprem, disciple d’Aurobindo, il ne nous reste qu’à passer à une espèce « un peu moins ridicule » ou… à disparaître.
Les avis concernant l’éventualité d’une nouvelle espèce divergent autant qu’il est possible.
Certains l’attendent évidemment pour le 21 décembre 2012 ; mais, plus sérieusement, qui pourrait dire si c’est pour dans quelques siècles ou dans quelques dizaines de millénaires ?
Ou jamais ?
Il est aussi possible – bien qu’à mon avis peu probable – qu’un saut dans la conscience se produise au sein de l’espèce actuelle, sans nécessité de mutation génétique.
La recrudescence actuelle « d’éveils », ou tout au moins d’expériences non ordinaires de conscience, ou encore l’intérêt d’un nombre grandissant de chercheurs pour une spiritualité non religieuse, tendraient apparemment à présager d’importants changements dans la conscience collective.
Pour l’instant, donc, le changement de conscience commence à être sensible.
Cela dit, rien n’est gagné ! Il faut qu’il se poursuive, s’étende et, surtout, qu’il se stabilise.
Or, pour cela, une mutation génétique est probablement indispensable.
Normalement, la probabilité qu’une mutation dans la conscience soit impérativement suivie d’une mutation génétique devrait être assez forte.
Pourtant… sommes-nous sûrs que c’est ce qui nous attend ?
La direction « vers plus de conscience » est évidemment toute tracée.
Mais la question, encore non résolue, reste de savoir si la mutation génétique, qui permettra à ce « plus de conscience » de se stabiliser, passera par notre espèce.
Beaucoup de « symptômes » d’une telle mutation semblent néanmoins présents.
L’explosion démographique, par exemple, correspond certainement aux prémisses d’une genèse.
Comme avec les spermatozoïdes ou les grains de pollen, la nature émet toujours ses germes de vie en abondance pour garantir l’aboutissement d’une naissance.
Alors, peut-être ne sommes-nous 7 milliards qu’afin d’assurer à la future espèce un nombre d’individus suffisamment important pour être viable ?
Un autre symptôme de mutation possible réside sans doute dans le danger extrême que le mental égocentré fait aujourd’hui peser sur la planète et sur l’espèce elle-même.
On sait en effet que le changement du milieu entraîne des changements génétiques ; et que le risque de disparition d’une espèce peut susciter des réadaptations plus ou moins brutales… également susceptibles de provoquer des mutations.
Cependant, même si toutes les conditions de la mutation étaient réunies, cela ne nous assurerait pas pour autant de sortir vainqueurs de l’ordalie.
Il y a, comme le disait Satprem, nécessité de conscientiser ce changement de conscience.
Il y a nécessité de conscience.
Et l’une des pistes, pour nous y aider, se trouve peut-être dans la Voie tracée par le Maître de Satprem, Sri Aurobindo.
Né à Calcutta le 15 Août 1872, rien ne prédisposait Aurobindo à devenir l’un des maîtres spirituels les plus marquants du vingtième siècle.
Envoyé dès l’âge de sept ans en Angleterre, il obtient une bourse de lettres classiques à dix sept ans et entre à Cambridge où il réussit brillamment toutes ses études.
De retour aux Indes, âgé d’à peine vingt et un ans, il cumule les postes de fonctionnaire dans l’administration, et de professeur de Français et d’Anglais au collège de la principauté de Baroda.
Il devient d’ailleurs vite directeur de ce collège, ce qui ne l’empêche pas, dans le même temps, d’apprendre le Sanskrit et quelques autres langues indiennes.
A trente trois ans il part pour Calcutta, nommé directeur du National College du Bengale ; et la grande ville lui dévoile soudain un tout nouvel horizon, celui de l’engagement politique.
Pour l’occasion devenu éditorialiste dans le journal Bande Mataram, il inonde l’Inde entière de propagande nationaliste, considérée comme révolutionnaire en ces temps où le gouvernement britannique dirigeait encore le pays.
Prônant, tout comme Gandhi, la résistance passive et la non-coopération, il est malgré tout suspecté de fabriquer des bombes, et incarcéré durant une longue année à la prison d’Alipore.
Les revers de fortune renforcent certains dans leurs convictions erronées. Si Hitler profitera de son séjour en prison pour écrire Mein Kampf, Aurobindo, lui, se remettra totalement en question.
Par ailleurs, il exploitera sans état d’âme son isolement en pratiquant assidûment le Yoga et en plongeant dans la méditation.
Ainsi, cette année exclusivement consacrée à sa vie intérieure l’amènera à une prise de conscience spirituelle qui balaiera comme autant de fétus de pailles ses idéaux politiques et son désir de libérer l’Inde.
Une fois relâché, il est à nouveau très vite recherché par la police, et décide alors de quitter Calcutta.
Il arrive en 1910 à Pondichéry dans la ferme intention de rompre définitivement avec sa vie passée et de ne plus se vouer, dès lors, qu’à la pratique du Yoga.
Tout entier absorbé par l’édification d’une philosophie du nouvel âge, plus jamais, et malgré les différentes propositions qui lui seront faites, il n’acceptera de revenir à la vie politique.
Aurobindo pensait en effet que l’humanité était appelée à une véritable renaissance spirituelle.
Et même, comme on l’a vu, qu’une nouvelle espèce était appelée à apparaître.
Bien que soucieux de revenir aux origines mêmes du védisme, il élabora donc une doctrine futuriste, basée sur l’idée du développement du « supramental ».
Qu’est-ce donc que le supramental ?
Eh bien c’est tout simplement un pouvoir de conscience supérieur au mental.
Mais le cheminement du mental au supramental est très long !
Voyons en quoi consiste ce cheminement…
Selon Aurobindo, il existe tout d’abord plusieurs niveaux de mental :
Le mental mécanique : C’est un mental totalement animal. Il réagit aux évènements en s’agitant ou en se figeant dans la stupeur. Il répète les idées conventionnelles et enregistre les expériences en vue de réflexes ultérieurs.
Le mental vital : C’est le mental rêveur. Il imagine et projette, au gré des désirs et des émotions, les solutions idéales pour l’ego… mais peu réalistes. Il oppose constamment « ce qui devrait être » à « ce qui est ».
Le mental extériorisateur : Comme son nom l’indique, il s’exprime directement dans les affaires de la vie extérieure.
Le mental dynamique : Lui, s’occupe de planifier la réalisation des affaires de la vie extérieure.
Le mental pensant : C’est le mental qui élabore des théories, entreprend des recherches, élabore des questionnements, gère des idées…
Le mental supérieur : C’est la première étape au-dessus du mental proprement dit. Ce mental reflète l’image de l’Unité et génère donc un sentiment de communion avec les autres, d’appartenance au Tout.
Le mental spirituel : Seconde étape au-dessus du mental, ce niveau de conscience mentale reflète le Spirituel, la Totalité.
Puis vient un premier plan vraiment supérieur au mental… et même au « mental supérieur » : le « Surmental ».
Lui aussi est subdivisé par Aurobindo, en :
Surmental mental : C’est à ce niveau que s’élaborent des doctrines spirituelles, toutes différentes les unes des autres, parfois opposées mais convergeant vers un même sommet.
Surmental intuitif : Avant d’être élaborés, les doctrines doivent être « vues ». C’est là la fonction de ce surmental intuitif.
Vrai surmental : C’est, toujours selon Aurobindo, le niveau des « réalisés spirituels », au-delà de tout lien avec la causalité.
Surmental supramental : C’est l’ultime fonction de conscience avant le supramental. Là où le surmental accueille la lumière du supramental.
Enfin, vient le supramental, une fois de plus divisé en trois parties :
Le supramental interprétatif : C’est à ce niveau que se réalise la « manifestation d’évènements »… que nos amis les adeptes de la loi de l’attraction espèrent obtenir au niveau mental. Bien sûr, dans le supramental nous sommes ici très au-delà de toute volonté d’ego. Les potentialités se révélant à ce niveau reflètent tout simplement la cause ultime de ce qui se manifeste au plan physique. Et le supramental interprétatif en élabore une première perception, une première interprétation.
Le supramental représentatif : Lui, élabore à son tour une représentation plus fine des processus opérant dans la manifestation des évènements.
Le supramental impératif : C’est le niveau de la Connaissance pure. La révélation. Et le pouvoir qui lui est associé.
Comme on le voit, le Supramental est le niveau présidant à l’incarnation et au Pouvoir de l’Esprit sur la matière.
En tant que tel, il n’est pas l’état ultime.
Aurobindo admettait lui-même que certains êtres, comme par exemple Ma Anandamoyi, étaient en Sat-Chit-Ananda, au-delà du Supramental.
Le Yoga Intégral d’Aurobindo affiche donc clairement son but d’incarner le divin dans notre corps, notre volonté et nos comportements, et non d’obtenir la libération.
Il y a là une distinction essentielle à faire entre :
l’évolution des espèces en direction de « plus de conscience »,
et la libération des individus de la « roue des réincarnations », autrement dit de l’évolution.
A ce sujet, je ne crois pas que des éveils postmodernes comme ceux de Yolande soient assimilables à ceux des chercheurs spirituels qui, tout au long de l’histoire de l’humanité, sont parvenus à l’Eveil.
Tout d’abord parce qu’il ne s’agit pas du même niveau d’éveil, mais surtout parce que l’éveil des Yolande a pour « effet » de leur permettre de vivre l’existence à un niveau de qualité supérieure, alors que l’Eveil des Milarépa ou des Ramana les a purement et simplement libérés de l’existence.
C’est donc peut-être « l’éveil des Yolande », en tant que premier pas hors du mental vers le Supramental, que le Yoga Intégral d’Aurobindo veut faire évoluer et stabiliser en vue de transformer la mutation de conscience d’un nombre croissant d’individus en une mutation génétique de masse.



Bonsoir,
A cette multiplication d’Eveils, Bernard permets-moi d’ajouter les centaines de milliers d’expérience de N.D.E qui a des degrés divers changent cependant radicalement le mode de fonctionnement des expérienceurs. J’ai cité le cas extraordinaire de Anita Moorjani qui en phase terminale de cancer, le corps dévasté, prend conscience dans le coma qu’elle a le choix de « revenir » dans son corps. Voyant ce pauvre corps, elle refuse tout d’abord, puis prenant conscience qu’elle a désormais connaissance d’elle-même, sait qu’elle peut revenir sans crainte, le corps ne pouvant que « refléter » la conscience. Elle guérit en peu de jours, se sentant « invincible » !
J’ai eu connaissance d’un cas identique, mais de plus « on » a montré à l’expérienceur (qui posait des questions !) l’avenir proche de l’humanité, et il confirmait tes suggestions : » L’explosion démographique correspond aux prémisses d’une genèse. »
Les Rose-Croix du XVIIe siècle partageaient ta vision du Messie, qu’ils appelaient Helias Artista. La problématique d’une conscience collective humaine tient à ce que TOUTES les consciences sont « enchâssées » les unes dans les autres et la manifestation étant produite par la pensée, les humains sont-ils les seuls « roseaux pensants » ?
Si oui, « l’Etre humain » réalisé et la manifestation n’ont plus « lieuX » d’être.
Charly
Charly bonsoir,
Concernant les NDE, je les incluais dans ce que j’appelais les « éveils postmodernes ».
Que ce soit avec ou sans raison apparente, ce qui arrive à nos Yolande et autres Anita Moorjani est un éveil à l’un ou l’autre des niveaux dépassant ce qu’Aurobindo nomme « le mental ordinaire ».
Même un éveil soudain au niveau du « mental supérieur » peut suffire à « changer radicalement le mode de fonctionnement des expérienceurs ». A fortiori, lorsqu’il s’agit d’un éveil au niveau du Surmental.
Le seul « problème » (mais, face à l’urgence du moment, en est-ce vraiment un ?), c’est qu’on range actuellement sous le même label « d’éveil » des états de conscience assez différents entre eux.
S’il est toujours souhaitable de les indifférencier… ça ne l’est pas de les confondre !
Quant aux R+C du 17ème, pas de problème. Moi qui habite le 18ème, puis-je les considérer autrement que comme des voisins ? Non ? Mais si !
Enfin, il est évident que l’être humain totalement « libéré » ou « réalisé » n’a plus besoin de manifestation (c’est d’ailleurs ce dont traitera la suite de l’article).
Mais, comme toujours, ce sont ceux qui restent qui sont les plus à plaindre !
Parce que l’enchâssement des consciences n’implique pas l’égalité des expériences. Chacun reçoit la même lumière mais la traduit à son niveau, en fonction de ses vasanas et samskaras.
Et la manifestation, elle-même, n’est que la traduction du non-manifesté.
Ainsi, se libérer consiste à se « contenter » simplement du non-manifesté, sans plus éprouver le besoin de le traduire en une manifestation.
Ce faisant, on allège d’ailleurs le poids de la « traduction » dans la conscience collective.
Bref, le mieux que l’on puisse faire, pour ce monde, c’est de le débarrasser de notre participation !
Et c’est quelque chose d’énorme !
Bernard
Bonjour Bernard, et vous tous,
Ils arrivent ^^
http://www.youtube.com/watch?v=WRnBHHcdHJQ&feature=related
Hello Spot,
Suprasexy, ce supramental !
Et quelle chute… de rein !
Enfin… c’est toujours une question de résolue, à propos du sexe des anges.
Bernard
Bonjour mon cher Bernard,
Tout d’abord, merci pour cet article. Je ne pensais pas que tu allais en faire un aussi rapidement(apparemment il y en a plusieurs en plus) sur Sri Aurobindo après notre échange d’emails.
Ce que je trouve intéressant avec ce Yoga d’Aurobindo poursuivi par Mère et Satprem, c’est qu’il n’est pas question de se libérer pour dire « salut bye bye à ce monde » mais qu’au contraire, il y ait plutôt question d’y laisser descendre et s’incarner dans sa plus grande manifestation la Grâce Divine.
Ensuite, bien évidemment, il y a 2 camps qui s’opposent. Ceux qui ne croient qu’en la libération et dans le fait que le salut ne provient que de la libération de la roue des réincarnations et ceux qui pensent au contraire, que ce monde est là pour que le Divin s’y manifeste dans une forme de plus en plus totale.
Satprem disait bien que le yoga d’Aurobindo différait des chemins spirituels traditionnels par cette différence.
Il expliquait que ceux qui se libéraient « partaient » vers le haut mais qu’en fait, malgré leur éveil, ils continuaient de « voir » au travers de la paroi du bocal, même si là-haut, le verre pouvait être plus mince et moins déformé.
D’après lui (en fait il ne faisait que suivre ce que Sri Aurobindo et Mère avait dit avant lui), la solution était vers le bas, en plongeant dans la matière alors que toutes les autres voies spirituelles cherchaient plutôt à la fuir cette « satané » matière.
Je crois même que Sri Aurobindo s’appuyait sur les védas pour dire et confirmer sa propore expérience que c’était au coeur de la matière que se trouvait la porte du Soleil Supramental.
Maintenant, chacun peut dire oui ou non à cette vision/expérience de Sri Aurobindo, Mère et Satprem… mais sur la base de quoi le ferons-nous, nos croyances, même spirituelles, nos expériences, oui mais à quel niveau d’expérience… ?
J’attends la suite avec impatience.
Avec Amour,
Stéphane
Stéphane @ Feu de Vie Son dernier article…Pouvoir suprême
Bonjour Stéphane,
Contentons-nous d’une réponse courte puisque la suite… suit dans l’article de mercredi.
Précisons simplement deux ou trois points à propos de la question de « ceux qui partent vers le haut ».
Aurobindo admet lui-même que, dans le passé védique, les Sages atteignaient le Supremental en « partant vers le haut », en « s’élevant au-dessus de leur corps et de leur mental ».
Cette Voie héritée du chamanisme était effectivement la plus couramment pratiquée. Aujourd’hui encore, une forme lourdement abâtardie de cette antique méthode est connue sous le nom de « voyage astral ».
Mais depuis les chamanes préhistoriques, les druides et les rishis, beaucoup d’eau a coulée sous les ponts de la Tradition.
Celle-ci a proposé d’autres Voies, et notamment le modèle « Il doit croître et je dois diminuer », c’est à dire non plus l’élévation vers le haut mais « l’interversion » du moi et du Soi.
Un enseignement significatif du Christ consiste d’ailleurs dans le « Ne cherchez pas à vous élever mais soyez humble ».
Cette « diminution du moi », cette « humilité », correspondent à une disparition du bocal dont tu parles.
Pour Ramana, c’est l’investigation « Qui suis-je ? » qui conduit au constat qu’il n’existe aucun « je ».
Pour le Bouddha, c’est « il n’y a pas de soi ».
Comme je l’écrivais dans le commentaire en réponse à Charly, c’est la « traduction du non-manifesté en manifesté » qui disparaît.
On ne va nulle part, et il n’y a ni haut ni bas, ni monde d’en haut ni monde d’en bas, car en cessant de traduire le non-manifesté en manifesté on supprime tous les « loka », les mondes. On ne localise plus.
Peu avant sa mort, Ramana disait à ses disciples qui pleuraient de le voir s’en aller : « Où voulez-vous que Bhagavan s’en aille ? Il n’y a nulle part où aller ! ».
La dialectique montée/descente et leurs « camps opposés » n’ont donc absolument plus rien à voir dans cette histoire !
Aurobindo ne fait ici que comparer les modèles classiques de yogas de l’élévation vers le Supramental hérités de l’ancienne époque védique, et son modèle « futuriste » de descente du Supramental.
Mais il admet par ailleurs qu’il existe des êtres ayant réalisé le Sat-Chit-Ananda et ayant donc « dépassé » le plan Supramental.
Notons au passage que le terme « dépassé » correspond évidemment à une conception de la Voie en termes d’élévation ou d’évolution. Concernant l’état Sat-Chit-Ananda, c’est évidemment d’une « intégration » dont il s’agit.
La volonté de s’élever au-dessus ou hors du monde est d’ailleurs tout à fait compréhensible… du point de vue du monde.
L’ego et son monde fonctionnent en effet sur le principe dualiste « j’aime/j’aime pas », « je veux/je veux pas »… et surtout sur le principe de l’insatisfaction, de la recherche perpétuelle d’autre chose.
Sans ça, d’ailleurs, pas d’évolution possible !
A partir de là, il est normal que le monde se partage entre :
- « je n’aime pas le monde et je veux m’en libérer pour aller vers le mieux », et
- « j’aime le monde et je veux faire descendre le mieux dans ce monde ».
Mais dès qu’on réalise que le serpent n’était en réalité qu’une corde, la question n’est plus de savoir s’il faut tuer ce serpent ou le charmer.
Quand on réalise que le manifesté n’est qu’une interprétation du non-manifesté, la question n’est plus de savoir s’il faut s’élever au-dessus de ce monde vers l’Ananda ou faire descendre l’Ananda dans ce monde.
A noter également que, par « diviniser le corps », Aurobindo entend « l’anandiser » plutôt que « l’absolutiser ». Bref, il emploie le mot « divinité » au sens hindouiste, c’est à dire « fonction de conscience », « archétype dynamique », et non au sens chrétien moderne d’un Dieu Unique et Absolu.
Il s’agit donc, pour lui, de rendre chaque cellule du corps beaucoup plus réceptive à l’Ananda et de répercuter cette béatitude et cette Connaissance incarnées dans l’environnement matériel.
Pour en revenir au modèle des Yogas anciens, il est bien évident qu’une volonté d’élévation, renforcée par la pratique soutenue d’exercices appropriés, conserve le bocal puisque, dans cette opération, la volonté demeure l’Alpha et l’Oméga. J’obtiens ce que je cherche.
Cette méthode d’élévation ne permet en fait que de s’élever dans la sphère du transpersonnel. Là où les vasanas ont été effacés mais où les samskaras restent tapis dans le virtuel.
Il est donc tout à fait inexact de parler de « libération » à ce propos. Par définition : si on reste dans le bocal, on n’est pas libéré.
La persistance du bocal n’est que la conséquence de la volonté de libérer le moi (et non la conséquence de la Grâce qui libère la Réalité de ce moi illusoire).
Reposons donc la question de la libération.
A la question : « on est censé se libérer de qui ou de quoi » ? :
- La réponse du Véda de l’élévation est : « on doit se libérer du corps et du monde ».
- La réponse du Véda aurobindien de la descente du Supramental est : « on doit diviniser le corps et le monde ».
- La réponse du Vedanta, du Christianisme, du Bouddhisme, etc., est : « pas de corps, pas de monde, pas de on, pas de qui, pas de quoi, pas de libération, pas d’éveil » (Sutra du coeur revisité par mes soins).
Il n’y a d’opposition qu’entre les deux premières propositions.
La troisième, étant une négation absolue, ne peut s’opposer à rien.
Elle ne voit nul monde au-dessus duquel s’élever, auquel échapper.
Elle désintègre simplement la traduction du non-manifesté en manifesté.
Cette traduction une fois désintégrée, la Réalité est intégrée.
Réintégrée.
Sat-Chit-Ananda.
Bernard
Re-bonjour Bernard,
Je suis tout à fait d’accord sur le fait que fuir le monde ou choisir d’y laisser descendre la Grâce est encore un choix conditionné.
Mais pourrais-tu préciser ce que tu veux dire lorsque tu écris :
« Comme je l’écrivais dans le commentaire en réponse à Charly, c’est la « traduction du non-manifesté en manifesté » qui disparaît. »
et
« Quand on réalise que le manifesté n’est qu’une interprétation du non-manifesté, la question n’est plus de savoir s’il faut s’élever au-dessus de ce monde vers l’Ananda ou faire descendre l’Ananda dans ce monde. »
Pour ce qui est de la non différenciation, ça c’est ok, mais c’est surtout sur le fait que le manifesté est une traduction du non-manifesté que je ne comprends pas.
J’entends bien qu’en Réalité il n’y a qu’Un, un point c’est tout, mais est-ce que lorsque tu parles de traduction du non manifesté en manifesté tu veux dire non-manifesté=Réalité et manifesté= la Réalité vu au travers des lunettes de l’ego/mental, ce qui donne ce que l’on nomme le monde ?
Si c’est cela, ok mais sinon, comment le manifesté pourrait être la traduction du non-manifesté puisqu’en essence, le non manifesté est… non manifesté
?
Merci de m’éclairer sur le sens de tes propos.
Avec Amour,
Stéphane
Stéphane @ Feu de Vie Son dernier article…Pouvoir suprême
Yes of course !
Mais, tant qu’on y est, ajoutons aux « lunettes de l’ego-mental » celles du Surmental et du Supramental.
Parce que tant que le Parabrahman n’est pas réalisé, les lunettes, même les plus fines, font voir des choses… alors qu’il n’y a pas de « choses ».
Comme disait Ranjit, « Rien n’est bien, rien n’est mal… parce que ce n’est rien ».
« Ni forme, ni sensation, ni identification, ni facteurs composés, ni conscience ; ni œil, ni oreille, ni nez, ni langue, ni corps, ni mental ; ni forme, ni son, ni odeur, ni saveur, ni objet du toucher, ni phénomène mental »… comme disait ma copine Hannya Shingyo.
Un rien qu’on traduit en monde… juste pour jouer à échapper à ce monde.
Aurobindo préférait le mot « lila » à « maya ».
OK, mais ça revient au même !
Bernard
Cher BK,
je dois t’avouer que j’ai toujours eu du mal avec la trinité Aurobindo, la Mère (Mme Alfassa et ses agendas) et Satprem. Cette vision évolutionniste d’Aurobindo à la Teilhard de Chardin donne plein d’os à ronger aux « mentaux egocentrés » spiritualistes, avec toutes ces « étapes » d’éveil qui n’ en finissent pas jusqu’à l’Éveil.Trop de fioriture autour de l’essentiel, emballage trop complexe (pour moi). Juste une question d’affinité, pas un jugement de valeur. Il en va des maîtres comme des rencontres « ça colle ou ça colle pas ! Il faut des doigts différents pour plaire à tous les individus. (tergiversation sans intérêt de ma part , mais que je fais quand même !!!
)
Mes capacités mentales moyennes ne m’ont pas permis d’accéder à cet enseignement. Pour mon esprit simple, la porte est ouverte ou fermée, l’illusion d’être l’agent (karta) demeure, même subtilement, ou elle n’est plus et alors end of the divine game (lila over). Est ce que je manque de subtilité dans ma vision binaire, sans doute ? Yolande est dans l’état stable naturel de témoin sans effort et la corde n’est plus pris pour le serpent. Je confond peut être éveils et Éveil, mais je ne vois pas la différence, sur le fond, avec un Parsons , un Ramana, un Nisagardatta, un Papaji,…
Autre point qui m’interroge dans ton article, c’est la génétique. Tout serais donc un problème de gène qui bloquerait l’homo sapiens sapiens dans l’état de conscience ridicule de mental egocentré (car là où il y a de la gène, ….. Désolé, je n’ai pas pu m’empêcher).
Certains discours gnostiques dénoncent des archontes qui bloqueraient les gènes de l’humanité pour la maintenir esclave, depuis son origine. Si ce n’est que cela les mutations génétiques dues aux émanations radioactives de Fukushima pourrait bientôt « sortir » l’humanité de cette impasse ou la détruire définitivement. Pourquoi les scientifiques ne pourraient-ils pas modifier notre génétique et faire des OGM humains « réalisés »?
RV
RV
RV bonsoir,
Et… que de questions tu soulèves !
Je vais devoir être encore plus long que d’habitude !
Tout d’abord, le concept de la « vision qui donne plein d’os à ronger aux mentaux egocentrés spiritualistes », en tant que concept est évidemment, lui aussi, un os à ronger.
Le « truc » consiste à se libérer de l’attachement et de l’identification aux concepts, quels qu’ils soient et quel que soit leur nombre… et non d’adopter un régime de déprivation conceptuelle pour ne pas risquer de ronger l’os en question.
On peut évidemment se priver de manger parce que la bouffe obscurcirait l’esprit, se priver de sexe parce que la débauche serait la mère de tous les vices, de relations pour éviter de brouiller son karma avec celui d’autres individus moins avancés spirituellement, de travail parce que ça distrairait, et bien sûr de concepts parce que ça nourrirait le mental.
C’est une Voie tout à fait possible. Pas facile, surtout de nos jours, mais possible !
En revanche, faire son choix parmi les concepts, en consommant les uns sans scrupule pendant qu’on rejette les autres sous prétexte qu’ils seraient des os à ronger… cela n’est au programme d’aucune Voie !
Ce serait comme de rejeter le sexe… sauf avec les femmes qui te plaisent, ou d’être végétarien… en dehors des repas !
Il n’y a pas de bonnes doses de concepts. On ne s’identifie jamais qu’à un concept à la fois. Et un seul concept suffit à s’identifier… si on « veut » s’identifier et s’attacher.
Soit on arrête (ou on essaye d’arrêter) la machine à concepts, ce qui n’est pas facile.
Soit on se détache des concepts, on les laisse passer dans l’indifférence ou, mieux encore, on s’amuse à jouer avec.
Mais jeter l’anathème sur les concepts « ennemis » est précisément ce qui fait le jeu du mental égocentré.
And now something completely different…
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La Voie évolutionniste
Comme je le disais dans l’article, il ne faut pas mettre sur le même plan la voie évolutionniste et la Voie spirituelle, que cette dernière soit abrupte ou progressive.
La voie évolutionniste n’est en effet « même pas » une Voie progressive. Elle ne conduit pas au but suprême et ne s’adresse pas à l’individu.
Aurobindo, la Mère et Satprem proposent la supramentalisation à ceux qui ne se sont pas engagés dans la Voie de la Libération.
Il s’agit ici d’un Yoga qui porterait une assistance consciente à une mutation évolutive de l’espèce.
Et Aurobindo lui-même le déconseillait à ceux qui cherchaient la Libération.
Maintenant, je dois bien dire que je ne sais pas si un tel Yoga est réellement susceptible ou non de faciliter la mutation.
Peut-être ? Ou pas ?
Quoi qu’il en soit, Yoga ou pas, la mutation génétique est indispensable.
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La mutation génétique
Attention : l’évolution étant l’évolution, aucune mutation n’entraînera jamais la Libération de l’humanité. Son propos est seulement de faire évoluer.
Cette mutation génétique devrait donc avoir pour effet de stabiliser l’humanité à un niveau de conscience simplement « supérieur d’un cran » à celui qui est le sien aujourd’hui.
L’humain actuel dispose d’une faculté supérieure à ce dont disposent les autres animaux. Cette faculté, le mental, est stabilisée. L’humain (non handicapé) n’a pas d’effort à fournir pour utiliser son mental… même si chaque individu s’en sert à sa manière.
Les animaux supérieurs, de leur coté, font preuve, à certaines occasions et pendant de courts instants, d’une intelligence à peu près équivalente à celle qu’autorisent les fonctions mentales humaines de base.
Mais ces animaux ne sont pas stabilisés à ce niveau. Et ils ne peuvent ni disposer de ces facultés de manière constante, ni les faire évoluer vers la manipulation des abstractions.
Pareillement, l’humain peut temporairement éveiller des facultés surmentales mais, même lorsque de tels éveils durent des années, ils finissent par s’effilocher. Peut-être pour revenir plus tard. Peut-être pas.
Bref, les états de consciences que l’on regroupe génériquement sous le nom « d’éveil » ne sont pas « génétiquement stabilisé » dans l’espèce humaine actuelle.
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La stabilisation
Seule la réalisation du Parabrahman, la Libération finale, permet de stabiliser l’Eveil.
Avant, au mieux n’est réalisé que ce que les Navnath appellent « le Brahman inconstant ».
Mais, plus généralement, l’éveil n’atteint même pas le niveau de ce Brahman inconstant… et subit donc encore plus de va-et-vient incessants.
J’ai personnellement connu quelqu’un qui était dans un de ces « éveils relatifs » pendant quelques années, puis qui a quitté cet état, avant d’en retrouver des bribes.
Son éveil avait été spontané (je veux dire par là « sans pratique préalable »). Et, en plus, il s’accompagnait d’un étonnant pouvoir lui permettant de pénétrer la pensée d’autrui avec une acuité clairement supérieure à la normale.
Aussi « stable » que cet éveil pouvait sembler être pendant les 4 ou 5 années qu’il a duré (ce qui n’est pas rien !), il a néanmoins pris fin… même s’il a, par ailleurs, brûlé un certain nombre de vasanas et s’est donc soldé par un indéniable « bénéfice » en terme de conscientisation.
Des expériences de ce type sont innombrables dans l’histoire de la spiritualité.
Et il est possible que nos Yolande et autres éveillés spontanés actuels connaissent un jour prochain le même sort (ce qui s’avérerait peut-être difficile à savoir, dans la mesure où ceux à qui ça arrive ne s’en vantent pas forcément).
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La mutation conscientielle
Mais attention : il est également possible que les éveils des Yolande, bien que n’ayant pas « atteint » le Parabrahman, soient réellement stabilisés.
Ça aussi, ça s’est vu !
Tout dépend de la nature des samskaras que ces éveils ont brûlés.
Tout éveil, en effet, brûle des vasanas… mais pas forcément des samskaras.
Si les vasanas sont insuffisamment brûlés, ou si les samskaras redonnent vie aux vasanas, la période d’éveil prend fin.
Par contre, s’il y a destruction des samskaras et des vasanas correspondant aux habitudes mentales qui interdisaient jusqu’alors l’éveil d’un certain niveau de conscience… alors ce niveau de conscience peut se stabiliser.
Ce serait d’ailleurs par la collectivisation d’une telle redéfinition de l’équilibre des samskaras – qui sont des petites choses transpersonnelles et donc hautement interactives – qu’une mutation conscientielle pourrait s’enclencher.
Les Yolande sont donc peut-être – mais peut-être seulement, wait and see – les premières bénéficiaires d’une mutation des samskaras dans la conscience collective de l’espèce.
Mais n’anticipons pas !
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Un Eveil et des éveils
Revenons, pour l’instant, sur la question de savoir si l’éveil de Yolande et celui de Ramana sont les mêmes, autrement dit s’il n’y a qu’un niveau d’éveil.
Par rapport à cette question, il se trouve que les principaux intéressés, Ramana, les Navnath, Ramakrishna, Milarépa, Hakuin, etc., etc., ont très clairement enseigné le contraire.
Ou, plus exactement, ont enseigné que l’éveil est Un, mais que ce Un se pénétrait tout au long d’un « parcours » ; parcours que l’on pouvait pédagogiquement diviser en « niveaux ».
Ramana a ainsi successivement vécu le Samadhi, le Nirvikalpa Samadhi et le Sahaja Samadhi.
Siddharameshwar enseignait une libération progressive aux niveaux corporel, subtil, causal, supracausal et enfin au niveau du Parabrahman.
A noter, au passage, que d’après sa classification le Silence de Yolande se présente clairement comme un éveil au niveau causal.
Son disciple Nisargadatta (celui de Siddharameshwar, pas celui de Yolande) nous a montré, ne serait-ce que dans ses livres, qu’il avait tout d’abord réalisé le « Je suis », puis avait été au-delà de ce « Je suis ».
Ramakrishna, après son premier éveil (qui était pourtant particulièrement « spectaculaire »), a eu plusieurs Maîtres qui, chacun, l’a guidé vers un stade d’approfondissement supplémentaire de l’éveil.
Hakuin, après son Satori en entendant la cloche du temple, est passé par de nombreuses étapes, plus ou moins tourmentées mais « modérées » par son Maître, avant de réaliser le Grand Satori.
Etc., etc.
Alors bien sûr, je le répète, ces classifications sont purement pédagogiques. C’est une évidence !
D’ailleurs, on ne peut que remarquer qu’elles varient d’un Instructeur à l’autre… même si à peu près tout le monde s’accorde quand même au moins à distinguer Brahman et Parabrahman.
Il y a donc des niveaux… mais il n’y a qu’Un seul éveil.
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Au-delà du point de vue ordinaire
L’Atman est le Brahman ! Autrement dit, le petit Satori est un « reflet holographique » contenant toutes les qualités du Grand Satori… bien qu’à un « degré de définition moindre ».
Et ce « degré de définition moindre » signifie que la pénétration, l’amplitude et la stabilité d’un premier éveil ne sont pas au même « niveau » que celles de l’Eveil total et définitif dans le Parabrahman.
Du point de vue ordinaire, bien sûr, on ne distingue pas de différence entre l’éveil et l’Eveil.
Pourquoi ?
Tout simplement parce que l’éveil et l’Eveil ont un point commun, très « sensible » du point de vue ordinaire : ils ne sont plus « le point de vue ordinaire » !
Au-delà de ce point commun négatif, s’étend pourtant ce que l’on pourrait appeler, à défaut de mots plus adéquats, un vaste espace de pénétration verticale.
Le plusieurs fois millénaire Mantra « Gate, Gate, Paragate, Parasamgate » a bien pour but de rappeler à tous les disciples la nécessité d’aller « au-delà et au-delà de l’au-delà »…
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Un peu de logique
Un jour, Ramana effleura l’épaule d’un de ses disciples et celui-ci se retrouva dans un état de Silence tout à fait semblable à celui dans lequel baigne Yolande. Mais à aucun moment Ramana n’a considéré que ce disciple avait par là même réalisé le Parabrahman. Au contraire, il ne cessait de répéter qu’aucun de ses disciples n’était pleinement Réalisé.
Je serais tenté ici de proposer à ceux qui ne percevraient pas cette « différence sans différence » entre l’éveil et l’Eveil (car elle est effectivement des plus subtiles) de mettre tout simplement dans la balance :
- la science spirituelle des plus grands Maîtres réalisés, qui se consacrèrent généralement 24h sur 24 à la spiritualité avec une intensité surhumaine, dans un environnement de connaissance de « l’univers intérieur » expérimenté depuis des millénaires par un nombre incalculable de Sages,
- et les éveils soudains d’Occidentaux qui, la veille, étaient des matérialistes lambda, n’avaient strictement aucune connaissance de rien dans le domaine spirituel, et n’avaient pas consacré la moindre seconde à quelque recherche que ce soit.
En se basant sur la simple logique, nous pouvons dire que l’hypothèse selon laquelle :
- tous les seconds (les Occidentaux ex matérialistes) auraient raison en affirmant qu’il n’y a qu’un niveau d’éveil,
- et tous les premiers (les Maîtres orientaux) auraient tort en pensant qu’il y en a plusieurs,
oui nous pouvons dire que cette hypothèse est envisageable… mais avec un taux de probabilité excessivement faible !
Ou alors, c’est que les Occidentaux matérialistes sont vraiment, vraiment « meilleurs en spiritualité » que les Maîtres orientaux.
Ils cachaient bien leur jeu !
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L’éveil soudain et la mutation
Soyons sérieux : l’éveil soudain est connu depuis des millénaires.
Les premiers Chrétiens l’appelaient l’immersion. Mais cette immersion restait clairement définie comme le début du Chemin.
Les patriarches du Tch’an et les Maîtres de l’école Rinzaï poussaient eux aussi leurs disciples à vivre cet éveil le plus tôt possible. Mais, là encore, ce n’était que pour leur permettre de pénétrer enfin la Voie de la bonne manière. Et non pour se croire arrivés !
Le moine qui arrivait chez son Maître, tout joyeux, en lui annonçant qu’il était éveillé, se voyait généralement gratifié d’une claque à lui démonter la tête.
Quand on vise la Libération, l’éveil soudain n’est que le premier pas !
En revanche, on est tout à fait en droit de s’estimer « arrivé » au cas où cet éveil résulterait d’une mutation de l’espèce, ou tout au moins des prémisses d’une mutation.
Dans ce cas, le propos implicite de l’individu (même s’il est loin de s’en douter) est de s’inscrire dans une évolution et d’appartenir à une espèce « moins souffrante et moins ridicule ».
Ce dont on ne peut certes pas le blâmer !
The show must go on. L’existence continue.
Cela n’a rien à voir avec la désintégration de l’existence, rien à voir avec la Libération.
Si tout se passe bien, on aura, dans le futur, une espèce humaine débarrassée de l’ego personnel, et disposant de facultés de conscience transpersonnelles.
Quelles seront-elles exactement ?
Cela variera sans doute selon les individus.
Tout comme il existe aujourd’hui des gens doués dans le domaine artistique et d’autre dans les sciences, on retrouvera probablement chez les humains futurs toutes sortes de dispositions particulières se manifestant dans l’usage du Surmental ou du Supramental (pour reprendre les termes d’Aurobindo).
Mais tout cela sur fond de conscience transpersonnelle, globale, holistique…
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Et les savants fous ?
Enfin j’en termine sur ce sujet avec ta dernière question à propos de la génétique et des savants fous.
La mutation « naturelle » d’une espèce se produit d’abord dans la conscience. Son germe est dans la conscience.
Ce n’est qu’à un certain stade de développement dans cette conscience que le génome suit le mouvement.
Et non l’inverse.
Donc : les généticiens fous ne pourront jamais fabriquer une race de réalisés.
D’ailleurs il ne trouveraient jamais les fonds pour financer une telle recherche.
Le résultat serait tout le contraire de rentable !
Bernard
Merci beaucoup Bernard pour cet article
Bonne nuit.
Léonie