Avatar (1) – Ma Ananda Moyi
juil 20
Même s’il leur arrive aussi d’être bleus, les Avatars dont je vais vous conter aujourd’hui la saga n’ont rien à voir avec ceux de James Cameron.
Dans le langage courant du spiritualisme international, le mot Avatar – qui signifie « descente » en Sanskrit – désigne généralement l’incarnation d’une divinité hindoue sur terre.
Rappelons toutefois qu’une divinité hindoue n’est pas un « Dieu » aux sens occidental du terme, mais plutôt un archétype.
Malgré tout, dans le Védisme des origines, l’Avatar était bel et bien l’incarnation du Principe suprême.
Aujourd’hui, bien sûr, il s’est considérablement « mythologisé » et il revêt de très nombreuses autres formes que l’incarnation humaine.
En fait, il lui arrive aussi bien d’être divinité, qu’homme ou… poisson.
Mais ce qui nous intéresse surtout, c’est de comprendre ce que ce concept nous enseigne, spirituellement parlant.
Ce qu’est l’Avatar en nous-mêmes…
Le concept d’Avatar, comme la plupart des autres éléments de doctrine de cette gigantesque Tradition, est né dans les Upanishad.
A l’état natif, il s’apparentait d’assez près à la notion d’incarnation christique.
Il s’agissait en l’occurrence de la descente, dans ce monde, du Principe à l’origine de la manifestation, qui, par le truchement de l’enseignement de la créature humaine dans laquelle il s’incarnait, rappelait la direction du Chemin spirituel à ces diables d’humains toujours prêts à s’égarer.
Puis, comme on l’a dit, le concept fut récupéré par la mythologie.
L’Avatar devint alors une manifestation archétypale. Mais il va sans dire qu’elle restait toujours missionnée de rétablir le Dharma sur terre.
Ces manifestations archétypales pouvaient être des « dieux » ; et quelquefois même des dieux majeurs comme Kali, avatar de Parvati.
Véritables poupées russes, ces Avatars divins étaient bien souvent eux-mêmes flanqués d’Avatars. C’était le cas, par exemple, de Dattatreya, Avatar de Vishnu, qui eût à son tour pour Avatar le Sage Shirdi Saï Baba.
Saï Baba
Krishna, en tant qu’Avatar de Vishnu, tient un rôle encore plus « compliqué » puisqu’il est considéré comme la source de tous les Avatars… et qu’en tant que tel – juste retour des choses – il compte Vishnu parmi ses propres Avatars.
Ainsi, d’une Ecole à l’autre, l’un devient l’Avatar de l’autre, et réciproquement.
Finalement, pour se simplifier la vie, on confond souvent les Avatars de Vishnu et ceux de Krishna.
Il arrive encore aux Avatars d’être non pas des dieux mais des personnages légendaires, comme Prajapati, la seconde mère de Siddhartha, pour l’occasion Avatar de Brahma.
Enfin, le titre d’Avatar fut donné à divers Sages particulièrement remarquables, comme Chaitanya, incarnation de Vishnu, ou Jésus, autre Avatar de Vishnu.
A noter que ce même Vishnu, décidément très prolifique, réunit entre autres Avatars célèbres : Rama, Bouddha mais aussi des poissons, des tortues ou des sangliers – mythologiques, bien sûr -, sans compter les rois de Thaïlande, bien vivants quant à eux !
Aujourd’hui encore, plusieurs Gurus indiens ont été élevés, par les autorités religieuses ou la ferveur populaire, au rang d’Avatar.
Ce fut le cas, on l’a vu, de Saï Baba, mais, encore plus près de nous, de trois femmes exceptionnelles : Mère Meera, Ma Ananda Moyi et Amma.
Ce sont ces deux dernières dont j’ai choisi de vous parler pour illustrer mon propos au sujet des Avatars.
Même si, en définitive, ce sont les humains « non éveillés » qui décident de qui est un Avatar et de qui ne l’est pas, on ne saurait se retrouver en meilleure compagnie qu’avec ces remarquables « Mères ».
C’est le 30 avril 1896, dans le petit village de Kheora, que naquit Nirmala Sundari Devi, seconde fille d’une famille de Vishnouistes fervents.
Sa mère écrivait des poèmes mystiques et composait de la musique ; et son père avait mené une vie d’ascète avant de se consacrer à sa famille.
La petite Nirmala était extraordinairement joyeuse, serviable et obéissante, à tel point, d’ailleurs, que ses parents craignirent quelques temps qu’elle fût simple d’esprit.
D’autant qu’elle avait de fréquents moments d’absence durant lesquels elle demeurait sans bouger, le regard fixe.
On comprit heureusement bien vite que cette enfant entrait naturellement en méditation, et qu’il était inutile de vouloir la sortir de cet état.
Si bien que lorsqu’on la marie, à l’âge de douze ans, sa nouvelle famille, impressionnée, se rend immédiatement compte qu’elle a affaire à une mystique… et qu’il ne faut pas espérer obtenir d’elle la moindre descendance.
Son mari, Bholanâth, sera tout naturellement son premier disciple ; et malgré la très grande beauté de sa jeune femme, il n’éprouvera jamais aucun désir charnel à son égard.
De 1918 à 1923, Nirmala décida de « jouer le rôle d’une ascète ».
Mais alors qu’il faut à l’ascète ordinaire tout un apprentissage du Yoga, des mantras et autres techniques spirituelles, Nirmala, totalement ignorante en la matière, se laissait envahir par l’état de méditation, puis prenait alors spontanément les postures yoguiques, ou prononçait les mantras correspondants à son état.
De la même manière, en l’absence de tout Guru, Nirmala se donna elle-même l’initiation, le 3 août 1922.
Après cette auto-initiation, elle n’éprouva plus trop le besoin de manger ni de dormir, et ne ressentit plus la douleur.
Ses extases se multiplièrent, durant parfois jusqu’à douze heures pendant lesquelles son corps devenait froid comme de la glace.
Puis, au sortir du Samadhi, tout son être paraissait submergé de joie.
C’est cette joie (Ananda), si débordante chez elle, qui lui vaudra son nom d’Ananda Moyi.
Dans le langage populaire, on appelle « science infuse » la capacité de savoir sans avoir appris.
Mais, en réalité, on ne croit guère cela possible.
Pourquoi ?
Parce que le mental égocentré est ignorance.
Il ne peut donc concevoir connaître. Tout au moins sans avoir appris.
C’est là sa croyance. C’est là son fonctionnement.
Dans l’ignorance, on ne surnage que grâce à la croyance.
Elle devient vitale.
Il ne peut donc être question d’admettre que le moi puisse savoir, sans s’être auparavant livré au rituel de l’apprentissage.
Et l’on s’arrange comme on peut avec les faits, en classant par exemple les petits Mozart, qui en savent 10 fois plus que leurs camarades du même âge, parmi les « surdoués ».
Ce seul mot de « surdoué », impliquant des facultés supplémentaires, semble suffisant pour justifier le pouvoir dont semblent disposer certains individus de faire, au moins partiellement, l’économie du rituel de l’apprentissage avant de connaître.
Mais… pourquoi assimilé-je l’apprentissage à un rituel ?
Parce qu’il n’y a qu’une conscience et que, par conséquent, nous ne devrions pas avoir besoin d’apprendre !
Parce que tout ce que « contient » la conscience unique est à la disposition de chacun.
En fait, il suffit que le miroir mental soit pacifié pour qu’il se révèle en mesure de refléter cette conscience unique.
Hélas, pour l’heure constamment perturbé par son dysfontionnement égocentrique, le mental est brouillé à tel point qu’il n’a plus accès ni au voir, ni au savoir, ni au pouvoir.
Et tant que cet ego refuse de se dissoudre dans le Soi, il se condamne à « gagner sa vie à la sueur de son front » c’est-à-dire à devoir apprendre et faire des efforts.
Tous ces efforts, apprentissage en tête, sont des efforts pour lutter contre la Réalité.
C’est parce que, en tant que Soi, je suis tout le savoir… qu’il me faut, en tant qu’ego, faire des efforts pour l’oublier, pour ne pas savoir.
Et c’est parce que l’ego veut exorciser le danger de sa dissolution qu’il se livre à des rituels comme l’apprentissage.
Grâce à l’apprentissage, il se donne la permission de savoir.
Cette rationnalisation du processus de connaissance conforte sa croyance fondatrice selon laquelle il est ignorance.
Il n’existe d’ailleurs que parce qu’il est ignorance.
Alors, chaque fois qu’il s’échine à apprendre il ratifie son existence et échappe à la dissolution qui ne manquerait de se produire si le mental reflétait la Totalité et pouvait se « souvenir » de la mémoire universelle.
Sans doute aurez-vous constaté plus d’une fois, chez vous-même, que vos capacités de compréhension ou d’action étaient inversement proportionnelles à vos tensions d’ego.
En réalité, entre vous et la science infuse il n’y a d’autre obstacle que vous, c’est-à-dire vos vasanas et vos samskaras.
Ce dont les Avatars comme Ma Ananda Moyi sont dépourvus.
Tout au long des trois années qui suivirent, Ananda Moyi restera silencieuse, partageant son temps entre les extases et les tâches ménagères, et recevant de plus en plus de visiteurs dont certains devinrent ses disciples.
Durant cette période, plus qu’à aucun autre moment de sa vie, ses proches témoignèrent de phénomènes extraordinaires en sa présence.
Beaucoup la virent sous les traits de Kali ou de Durga, ou encore de Krishna.
D’autres entraient en extase en la touchant…
Elle expliquait tout cela en disant : « Je suis tout ce que vous imaginez, pensez ou dites. Ce corps est la manifestation matérielle de toutes vos aspirations et de toutes vos idées. Alors, jouez quelques temps avec cette poupée ».
Nous touchons ici à ce que Wei Wou Wei appelait « l’absence de toute présence ».
Tant que l’on croit être « quelqu’un », l’espace est occupé par ce moi limité et plein d’exigences personnelles.
Mais que se cache-t-il derrière cet illusoire « quelqu’un » ?
Un héritage d’imprégnations diverses provenant :
1/ de l’environnement et de l’entourage,
2/ de tout ce qui a imprégné cet environnement et cet entourage depuis des temps immémoriaux.
Dans la conscience, ces deux types d’imprégnations sont respectivement :
1/ les vasanas, c’est à dire les tendances personnelles,
2/ les samskaras, qui sont des stéréotypes issus de la collectivisation de telle ou telle grande tendance et qui servent de matrices au vasanas de l’individu.
En général, les bébés naissent par et avec des samskaras ; et ne développent évidemment leurs vasanas qu’en prenant de l’âge.
Une fois adultes, moins ils résisteront au processus naturel de la spiritualité, dont la raison d’être est de brûler les vasanas, et moins l’illusion d’être quelqu’un remplira l’espace de leur conscience.
Un jour, un premier éveil se révèlera, et si la destruction des vasanas et des samskaras se poursuit, d’autres éveils succèderont au premier… jusqu’à la réalisation finale.
Et là, il ne restera ni vasanas, ni samskaras. Tout aura été consumé.
Or, cet aboutissement est aussi, à peu de choses près, le point de départ de ce que l’on appelle un Avatar.
L’Avatar naît en effet sans les samskaras-stéréotypes affligeant les naissances ordinaires.
Tout au plus, ce que l’on pourrait appeler un « samskara-archétype » provoque-t-il la naissance.
Cet archétype (Krishna en ce qui concernait Ma) conservera ses caractéristiques durant toute l’existence de son Avatar, mais laissera à l’état de vacuité l’espace de conscience de l’Avatar.
C’est pourquoi ce que Ma désignait par « l’état de la demande intérieure » de l’humanité remplaçait, chez elle, toute caractéristique personnelle.
Elle était une simple « poupée » offerte au jeu de la manifestation humaine.
En d’autres termes, Ma était sans vasanas ni samskaras, sans ego personnel ni transpersonnel, ce qui la mettait totalement au service (mais le terme est faible) de l’humanité.
En 1929, ses disciples achètent une petite hutte en terre pour lui servir d’ashram.
Mais Ma, qui, en tant qu’incarnation de la Liberté, avait fait le vœu de ne jamais s’enfermer dans une telle demeure, refuse d’y entrer et déclare à son mari : « Donnez-moi l’autorisation de partir, sinon j’abandonne mon corps à vos pieds ».
C’est cet incident qui marque le début de la vie errante de Ma Ananda Moyi.
Ainsi parcourra-t-elle l’Inde en tous sens, allant de pèlerinage en pèlerinage, et suscitant, partout où elle passera, la création de dizaines d’ashrams.
On ne compte pas le nombre des disciples auxquels elle apporta une aide considérable dans leur quête de la Liberté.
Rarement un enseignement fut aussi peu dogmatique, aussi peu sectaire que celui de Ma Ananda Moyi.
A tel point qu’au premier de ses disciples qui lui réclama un ashram, elle répondit : « L’Univers tout entier est cet Ashram ! ».
Mon ami Jean-Claude Marol avait été le disciple de Ma ; et, peu de temps avant sa disparition il me confirmait cette ouverture sans limite à laquelle Ma conviait ses disciples.
« On parle de l’enseignement de Ma Ananda Moyi », s’étonnait Jean-Claude, « mais c’est un peu un contresens dans la mesure où toutes ses interventions en paroles ou en action, au contraire, ouvraient à toutes les possibilités de sagesses.
« Il y a des exemples extrêmement troublants où, subitement, elle se met à parler un langage bouddhiste parce que des Bouddhistes sont présents ; ou elle se met à chanter des versets du Coran parce qu’il y a un Soufi qui passe…
« Bien évidemment, elle n’avait étudié ni le Bouddhisme ni le Soufisme.
« Elle était comme une mère, prête à accueillir tous les langages, et à les raffiner, les unifier ».
« Toutes les formes », disait Ma Ananda Moyi, « je les reconnais pour miennes.
« Eternellement, ainsi, j’existe.
« Je suis toutes formes, tout mode d’apparition ; par des voies d’une infinie diversité, elles vivent en moi, et moi je vis en elles.
« Je suis l’univers jusqu’à la moindre poussière, au moindre insecte.
« Tout ce qui est au monde, arbres, plantes, insectes, reptiles, toute autre forme de vie, leur naissance est votre naissance, leur mort est votre mort. Tout est vous, vous êtes tout ».
Ce genre de témoignage du Soi reposant immuablement dans le Tout, est naturellement dispensé par nombre de maîtres spirituels, qui ne manquent pas d’inciter leurs disciples à réaliser, eux aussi, leur intégration dans cette Totalité que l’Hindouisme nomme Brahman.
Ma, elle-même, et quoi qu’on en dise, enseignait de manière très concrète :
« Essayez de considérer chaque personne comme vous-même, et vous en viendrez à considérer chaque manifestation dans l’univers comme une partie de vous ».
Mais, au-delà, elle savait, comme finalement peu de Gurus au monde, transcender les paradoxes en-deçà desquels le mental des disciples s’enferme si systématiquement.
De l’avis de tous ceux qui l’on côtoyée, c’était quelqu’un qui parlait peu… sauf à certains moments où elle devenait une véritable jongleuse de mots, utilisant le langage comme un trampoline pour faire passer les notions les plus paradoxales.
Plus que n’importe où ailleurs, y compris en poésie, l’assertion paradoxale est, en spiritualité, fondatrice du discours et génératrice de prise de conscience, voire d’illumination.
C’est pourquoi tout maître spirituel se fait en quelque sorte un devoir de la hisser au rang d’un art.
Ne s’agit-il pas, en l’occurrence, de faire comprendre l’incompréhensible, de réaliser l’unité des opposés, d’atteindre ce qui est déjà là ?…
On sait, par exemple, que chacun est déjà éveillé, ou que chacun est le Tout.
Mais il faut immédiatement compléter ce type d’aphorismes en rappelant que la majorité n’en est pas consciente et se limite pratiquement toujours à sa forme humaine, si éphémère et fragile.
Or, même cela, du point de vue de Ma, est une bénédiction, car « souffrir d’une limitation est une manifestation de l’Illimité », nous assurait-elle.
« Vos limites sont l’occasion d’un retournement qui vous renvoie à ce que vous êtes à l’origine ».
On reconnaît bien, dans un tel enseignement, ce qui caractérise la « Mère » spirituelle.
Cet Avatar était pleinement identifié à la matrice du Réel dans laquelle nous sommes en perpétuelle sécurité spirituelle puisque tout, dans notre vie, même les pensées apparemment les plus négatives, les événements apparemment les plus tragiques, tout cela est Dieu.
Ne Le cherchez donc plus, et ne redoutez plus son silence, dit en substance cette Mère, Il est là, dans le moindre des objets de votre quotidien, dans la nature et dans la société, aussi bien dans vos amis que dans vos ennemis, dans vos bonheurs que dans vos malheurs…
« Si le Bien-Aimé est le Soi », dit-elle plus précisément encore, « la défaite est Lui aussi, et tout ce qui se défait.
« Les maladies sont des êtres comme vous. Je ne vous renvoie pas quand vous venez à moi. Pourquoi ferais-je une exception avec elles ? C’est aussi Son jeu ».
Dans ce genre de doctrines monistes à l’extrême, l’idée que l’illusion est aimable – dans la mesure où elle s’origine dans le Réel – prime sur la nécessité de s’en défier et de cultiver le discernement habituellement conseillé par les maîtres des écoles plus modérées ou, a fortiori, dualistes.
Ici, « Dieu donne ses instructions de toutes les façons.
« On peut apprendre des arbres, des animaux.
« Le gourou est partout présent.
« Dans un premier temps, on le perçoit dans les êtres, les choses.
« Et puis on ne Le voit plus dans quoi que ce soit, car Lui seul est.
« Arbres, fleurs, eau, terre, tout est le Bien-Aimé ».
La Mère rassure, mais au bon sens du terme, en mettant fin à la quête acharnée et angoissée de l’ego.
« En mer », explique-telle, « ceux qui veulent nager plus vite que les autres regardent fatalement derrière eux.
« Mais ceux dont le but est la mer elle-même, rien ne les préoccupe : ce qui doit être est.
« Abandonnez-vous aux flots, laissez-vous porter par les courants ».
La liberté et la spontanéité de l’Avatar relève certainement de l’abandon mais n’est pas dérive.
Ma s’inscrivait totalement dans la Tradition indienne.
L’Avatar est au service.
Aussi, toute jeune, elle avait demandé aux autorités religieuses s’il fallait obéir aux lois ancestrales ou s’en passer.
Les Brahmanes ont eu une longue réflexion et lui ont dit qu’ils jugeaient utile de conserver les lois.
Elle a donc permis que s’installe un certain cadre autour d’elle ; et ce cadre a protégé son enseignement.
Il a aussi dissuadé certains comportements occidentaux qui ne pouvaient pas y avoir leur place.
Tradition, donc, même si la flexibilité était infinie.
« Les chemins sont sans nombre », disait-elle.
« Où il est question d’Infini, la variété des approches est aussi infinie, et les révélations sur ces chemins sont illimitées ».
Mais quel que soit le chemin, il y avait chemin, et Ma le considérait comme une ascension progressive qu’elle avait d’ailleurs relativement bien détaillée.
« L’ascension de l’adorateur comporte dix étapes, disait-elle :
on commence avec une attirance pour Dieu,
puis, l’âme est impatiente de s’approcher de Lui,
ensuite, on éprouve l’envie de Le réaliser facilement et rapidement,
et bientôt cela se change en un désir de Le trouver par des artifices de yoga,
c’est alors que l’esprit a soif de s’élever très haut dans la contemplation divine,
mais cet état est vite remplacé par un amour débordant, où l’on verse des larmes,
et cela nous conduit peu à peu à nager en quelque sorte dans la Béatitude divine,
puis, la pensée constante du Bien-Aimé règne suprême en nous, et l’âme est amenée à oublier le moi individuel,
enfin vient la réalisation du Soi, qui est le salut ».


Bernard,
Par commodité de langage, j’utilise souvent l’automatisme de ce (je) qui dans la forme, apparait comme un objet dérisoire.
Et pour ne pas dénaturer ce sentiment d’apaisement qui s’infiltre dans mon regard à la lecture de tes mots, ma présence, comme par pitié, me reprend la main.
Ce matin, avant d’illuminer l’écran de mon pc, une attirance pour ce climat que tu diffuses s’empare de mon détachement matinal, comme la certitude de voir bientôt apparaitre les premiers rayons du soleil.
Spot Hello,
Mais… c’est trop ! Il fallait pas !
Heureusement que je ne crois pas trop à l’ego… sinon j’en connais un qui se frotterait les mains !
Enfin… façon de parler, parce que l’ego n’est pas un homme de main !
Tout au plus un homme demain.
A la prochaine, mon prochain.
Bernard
Merci, cher BK, pour ce brillant article et cette magnifique vidéo qui ouvre le cœur et fait taire le mental.
Étrange et fascinant que ses « non-personnages ». Totalement incompréhensible pour le mental égocentré. Les avatars ne sont pas que des doigts qui montrent la Lune , ils sont la Lune même incarnée. Portails holographiques de sortie de l’illusion. Bouteilles qui contiennent tous les océans. Koans incarnés dans la chair. Absolu qui vient dans la matrice pour nous rappeler qui nous sommes. Être en leur présence est une grande grâce. Ils sont Prema swarupa (incarnation de l’Amour), véritable yagna (feu rituel) qui brûle de leur Amour ce que l’on croit être (vasanas et samskara).
Comme tu le disais, ils sont omniprésents, omnipotents et omniscients (science infuse). Ils jouent avec les lois de la physique newtonienne (dématérialisation, matérialisation, don d’ubiquité,…). L’écueil pour le mental égocentré, comme toujours, est de se focaliser sur le doigt et de nourrir les fantasmes sur ce doigt, aussi fascinant soit il et d’oublier de vivre dans la Vision , l’ attention portée sur la conscience d’être.De toute façon le mental égo centré transforme tout en écueil.
Autre chose étrange, la très grande majorité de ces incarnations de samskara-archétype vivent ou ont vécu en Inde. Bharata , terre de prédilection des avatars ? Pourquoi les avatars ne choisissent –ils pas des enveloppe d’Inuits ou de pigmés , voir d’européens?
« Abandonnez-vous aux flots, laissez-vous porter par les courants ».
Mais le fou (alourdit par « ses » koueis et « ses »vasanas) va couler ; le sadhaka va nager de toutes ses forces à contre courant ; l’apprenti-sage va se laisser flotter plus ou moins longtemps puis reprendre la nage jusqu’au lâcher prise final. » L’éveillé » flotte. L’avatar est le courant lui-même.
Osho disait : »Ne nage pas, flotte ! ». Il racontait aussi une histoire drôle, comme à son habitude, sur l’avatar Sathya Sai Baba : « Un jour deux disciples d’Osho rentraient à pied à l’ashram de Pune. C’était durant la période de la mousson et les rivières étaient en crue et des ponts avaient été détruits. Presque arrivés après un long voyage, ils se retrouvent devant un pont emporté par les flots et dans l’impossibilité de traverser. L’un deux éreintés se met à genou et prie à voix haute ‘Sai Baba matérialise un pont, s’il te plait. Nous n’en pouvons plus.’ Aussitôt dit, aussitôt exhaussé, le pont apparait. Son ami le regarde étonné et lui :’Mais nous sommes dévot d’Osho pas de Sai Baba. Comment oses-tu prier ce dernier ? ‘ L’autre répond’ Je n’allais pas déranger Osho pour si peu !’ »
Merci encore pour tes articles et bon weekend .
RV
Hello RV,
Ma mère ne disait pas à ses enfants « Regarde soigneusement à droite et à gauche avant de traverser la rue » ; elle disait « Tu vas te faire écraser ! ».
Aujourd’hui encore j’ai un ami qui, lorsqu’on lui soumet quelque projet que ce soit, va soigneusement chercher tous les inconvénients, les risques et les dangers susceptibles d’en interdire la réalisation ou, tout au moins – et c’est d’ailleurs là le vrai but de la manœuvre – d’assurer l’échec de l’opération.
Notre cher « développement personnel » s’est spécialisé dans la traque de ce genre d’individus qui ne voient que le verre à moitié vide. On a même fait appel à des tests pour prouver à quel point les pessimistes se gâchaient l’existence.
L’un de ces tests consistait à réunir deux groupes : l’un d’optimistes confirmés, et l’autre de pessimistes notoires ; puis à leur proposer une petite promenade le long d’un chemin où l’on avait laissé traîner, relativement en évidence, un billet de 500 (c’était des francs, à l’époque).
Eh bien, la quasi totalité des optimistes a trouvé le billet, et pas un seul des pessimistes ne l’a vu.
Loin de ce matérialisme écoeurant, nos amis spiritualistes se conduisent pourtant souvent exactement comme les derniers des pessimistes, surtout lorsqu’il s’agit de gérer le concept d’ego.
Et voilà un ego, se plaisent-ils à répéter, qui nous empêche de voir, qui nous fait couler et nous entraîne au fond…
Le croquemitaine ego est utilisé comme un rappel constant de notre déchéance, de notre malheur, de notre mauvais sort… et ça marche ! Nous voilà de plus en plus persuadés que nous sommes bien à plaindre puisque nous avons un ego !
On ferait beaucoup mieux de remplacer le mot « ego » par le mot « obsession ». Là au moins, on verrait mieux de quoi il s’agit !
Comme je le disais dans l’article,
Et comme le disait Ma,
Voilà ce que l’Avatar enseigne : à ne pas se considérer comme différent de Lui !
L’Avatar est en nous ! L’Avatar est nous-mêmes !
Que disait Poonja ? Il disait : « Plutôt que de cultiver la croyance « Je suis lié », cultivez la croyance « Je suis libre ». »
Que disait Annamalai ? Il disait : « Plutôt que de penser « Je suis le petit moi », pensez « Je suis le Soi ». »
Et que disait Nisargadatta ? Il disait : « Tout dépend de pour qui vous vous prenez ».
Oui mais… Oui mais… c’est bien joli tout ça, mais nous avons des vasanas et des samskaras !
OK ! C’est vrai ! Ooooops ! Les vasanas et les samskaras !
Eh bien, le message délivré par la Tradition à propos des vasanas et des samskaras, c’est que ce sont là des « petites choses » destinées à disparaître.
Pas des montagnes de pessimisme destinées à nous paralyser !
Le grand enseignement que Ramana avait d’ailleurs laissé à Annamalai, c’était que « les vasanas sont des montagnes de camphre. Il suffit d’une étincelle, et les voilà consumées sans la moindre trace de cendre. »
Alors, comment cette montagne faite de petits riens va-t-elle disparaître ?
Deux options s’offrent apparemment à chacun d’entre nous. Allons-nous donc la voir se consumer :
- en cultivant la croyance qu’on a des vasanas et des samskaras colossalement indigestes, et en se répétant constamment qu’ils nous tirent vers le bas ?
- ou en réalisant que « puisque tout est intrinsèquement vide, la poussière n’a nulle part où se déposer » ?
Le concept des vasanas et des samskaras ne doit pas être utilisé pour s’emprisonner mais au contraire pour se libérer.
C’est un élément de doctrine très utile pour cibler les obstacles qui apparaissent.
Mais cet élément de doctrine est le collimateur d’un sniper ! Pas le camescope d’un touriste avide de ramener des souvenirs à la maison pour les revoir à longueur de temps tout le restant de sa vie !
Alors, si tu rencontres un vasana, tue-le ! Désintègre-le en réalisant qu’il est vide de nature propre !
Ne le laisse pas te cocooner dans son hypnose, sa confusion et son obsession !
Le concept d’ego… c’est juste une belle invitation à voir qu’il n’existe pas d’ego !
L’Avatar, lui, t’invite à regarder du coté de « l’Avatar en toi ». Du coté de cette science infuse, de cette facilité, de cette spontanéité, de cette Liberté.
Car « Tu es Cela » !
Cela est déjà là, simplement légèrement voilé par une confusion qui te pousse à regarder les vasanas et les samskaras comme des obstacles… alors qu’en balisant le Djihad, ils te rapprochent en réalité de l’Amour.
Comme Arjuna, laisse-toi convaincre par l’Avatar Krishna de faire ton devoir de Kshatriya, et ne crains point de répandre ta propre âme-sang en ramenant tes vasanas et tes samskara au Vide.
Bref, Vasanas et samskaras ne sont pas des « sens interdits » mais des « circulez, il n’y a rien à voir » !
Bonne route !
Bernard
J’aime beaucoup ma ananda . Je sais qu’il faut écraser l’ego , le voir en face , maitriser le mental . Mais cela est-il suffisant?
La vie religieuse cloitrée m’attire , il y a une recherche intense . Seulement j’ai peur d’etre dans des concepts . C’est un bon choix ou pas?
un jeune qui cherche
Bonjour ,
j’ai laissé un commentaire mais il semble supprimé
.
J’aime beaucoup Ma Ananda , je sais qu’il faut revenir au Soi a l’interieur de nous .
Pratiquer l’instant présent , maitriser notre mental .
Mais pour etre franc je suis paumé avec les croyances , il y a beaucoup de concepts . Comment faire pour atteindre « l’idéal « .
Jecherche bonjour et bienvenue,
Non, non, votre commentaire n’était pas supprimé, mais j’ai eu une panne d’internet toute la journée et je n’ai pas pu le publier immédiatement.
« La vie religieuse cloitrée m’attire mais j’ai peur d’être dans des concepts, je suis paumé avec les croyances » dites-vous.
Pour ne rien vous cacher, c’était aussi un peu mon cas… à tel point qu’il m’est plus d’une fois arrivé, dans ma lointaine jeunesse, de rêver d’un « monastère sans religion », d’une sorte de cloître où, conformément au précepte directeur de l’Abbaye de Thélème, chaque « mono » (moine) chercherait « comme il vouldrait ».
Cela dit, que les croyances soient extérieures et collectives, comme c’est le cas dans les religions, ou qu’elles soient individuelles et portatives, comme c’est le cas dans une recherche personnelle, ce sont toujours des concepts.
On n’y échappe pas si facilement !
Alors que faire pour s’en libérer ?
Eh bien, commencer tout simplement par les observer en temps réel.
Si vous êtes « dans les concepts », commencez par prendre un tout petit peu de recul par rapport à ces concepts.
Laissez-vous de moins en moins souvent engloutir par eux. Marchez le plus fréquemment possible au-dessus des eaux de votre mental.
Ceci veut dire : observez-vous en train de penser, de croire, de savoir, de conceptualiser…
En aucun cas n’essayez de réprimer vos pensées, de vous détourner de certains de vos concepts ou de juger votre mental et votre ego de manière négative.
Voyez seulement vos concepts comme des phénomènes-reflets… et, tout en les laissant vivre, détachez-vous de ces reflets, désidentifiez-vous d’eux.
Ainsi, un jour, totalement convaincu de leur caractère illusoire, et peut-être aussi accablé de fatigue morale face à leur grossièreté et leur répétitivité, le retournement de votre regard vers la Source de tous ces reflets se fera naturellement, spontanément.
Mais, pour l’instant, ne cherchez pas à occulter ces reflets. Ils sont précieux lorsqu’on veut trouver la lumière qui est à leur origine.
Quant à savoir si votre personnalité particulière se dissoudrait mieux dans un cloître ou dans le monde… à cela personne ne peut répondre à votre place.
La Voie de la Connaissance du Soi ne s’amorce que dans un minimum de connaissance de soi. Il faut avant tout parvenir à suffisamment d’attention pour réaliser quel sentier nous convient.
Ramana Maharshi a quitté sa famille pour se rendre à Arunachala « parce qu’il ne pouvait faire autrement », « parce que c’était plus fort que lui ».
Soyez à l’écoute de ce qui, en vous, s’impose comme une nécessité impérieuse… et suivez son chemin. Si vous vous trompez, votre ferveur vous fera vite comprendre votre erreur et vous remettra sur une meilleure route.
Ne craignez, en tout cas, ni les erreurs, ni les croyances, ni les concepts, car la réalité ne cessera jamais d’être la réalité.
Et que la réalité n’est qu’Amour.
Bernard
C’est une véritable chance pour moi de discuter avec vous ! C’est grace a un proche que j’ai découvert Ma Ananda , Ramana mais aussi swami prajnanpad . Cela m’a ouvert les yeux , car avant ma spiritualité n’etait que « bigoterie » et confort psychologique . Bien sûr il reste encore un chemin important … Peut etre qu’il y a eu une prise de conscience . Savoir pratiquer l’instant présent , maitriser le mental etc . L’unique but dans cette vie , finalement c’est d’apprendre a se connaitre soi meme . J’ai laché les livres et les cultes depuis un moment , car je pense que le temps prière doit etre continuel , 24 h 24 . Et sinon a la place des mots je remplace par du silence . Silence interieur qui n’est pas facile . Trouver le Soi .
Mais cette réflexion prouve que je suis encore jeune
.
Souvent je me demande vraiment pourquoi nous sommes sur terre
Merci pour votre message , n’hesitez pas a m’écrire !
Admettre qu’on est « encore jeune » est la preuve d’un « Grand âge », d’une capacité de recul dans l’intemporel.
Et si vous cultivez ce genre de reculs 24h/24, la rupture-éveil surviendra sans aucun doute dans les meilleurs délais (c’est à dire le plus vite possible compte-tenu de vos vasanas).
Votre détermination semble en tout cas solide.
Quel que soit le temps qui lui sera nécessaire pour vous conduire à bonne fin, ne la laissez jamais s’effilocher.
Bernard